En avril 1964, la Bibliothèque de Travail, outil coopératif d’enseignement conçu pour et par les élèves et les maîtres pratiquant les méthodes Freinet (archives : https://www.icem-pedagogie-freinet.org/archives/bt) consacre son numéro 582 aux transports routiers. Le reportage est réalisé par Roger Bélis, par ailleurs réalisateur de films documentaires pour l’audiovisuel scolaire (voir par exemple : Du village à la cité dortoir (Achères), consultable sur le site Gallica-BNF. URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1320307c/f1).
Outre l’évocation des routes, des marchandises et personnes transportées, des coûts et de l’organisation des transports, ce reportage s’intéresse au travail des routiers. Tout en s’attachant à plusieurs d’entre eux, il décrit leurs conditions de travail et de rémunération, leur statut, la restauration au relais, la solidarité dans la conduite routière, le conditionnement des marchandises transportées, les écrits du travail (carnets de route), les risques et les exploits.
L’enquête est visuelle et spatiale. Elle est conduite à partir des relais routiers (« Chez Daniel » à Rambouillet – Seine-et-Oise ; « Chez Nous » à Armeau – Yonne ; et « Picquier » à Neufchâtel-en-Bray –Seine-Maritime). Roger Bélis a pris de nombreuses photographies dans ces lieux et sur les routes où il a suivi certains de ces chauffeurs.
Aujourd’hui, enquêter le travail des routiers, suppose toujours de prendre la route et d’observer les mouvements des camions et de leurs conducteurs, désormais à partir des aires autoroutières, des zones frontalières, des vastes aires logistiques aux périphéries des agglomérations, des abords des hypermarchés au petit matin ; ou encore à partir des plateformes des entreprises internationales de transport. Où l’on découvre à partir des lieux, les dispositions et les pratiques ordinaires d’entreprises de transport routier international en Europe, en matière de gestion du personnel et du matériel.
Voici ce que peut donner une enquête visuelle qui se veut « un petit reportage en interne pour étudier le phénomène. Il ne s’agit pas ici d’une véritable enquête faute d’interviews, de chiffres et de références… mais certaines images parlent d’elles-mêmes ». Les photographies sont prises sur la plateforme de l’entreprise espagnole J. Carrion, dans la banlieue de Barcelone. L’entreprise est spécialisée dans le transport international de fruits et légumes produits en Espagne. Elle exploite comme beaucoup d’autres firmes ouest-européennes du secteur, les possibilités ouvertes par la directive de 1996 de l’Union européenne sur le « détachement des travailleurs », directive révisée le 23 octobre 2017.
Ainsi que le rappellent les auteurs de ce reportage, Ray et Alain, « Comme toutes ses semblables, l’entreprise affiche un site internet où l’on met en avant l’innovation, les ressources, la formation, sans JAMAIS ne serait-ce qu’évoquer la Roumanie, le pays n’apparaît même pas sur la carte des destinations. Carrion se présente donc comme une référence espagnole du transport pour le naïf de base ; et pendant ce temps-là il y a des doubles équipages Roumains et des Volvo immatriculés en Roumanie sur la route ».
Pour comprendre comment l’entreprise utilise sa flotte de camions de manière optimale et organise la mobilité de ses chauffeurs roumains entre l’Espagne et la Roumanie ; pour commencer à appréhender les mutations du travail de ces hommes – dans le rapport aux machines, aux entreprises, à ceux qui font le même métier qu’eux, aux espaces de leur vie professionnelle et privée, rendez-vous sur le site de l’enquête photographique réalisée par Ray et Alain :
http://www.fierdetreroutier.com/zoom/a_dossiers/2013/carrion/carrion.php
En l’absence d’une telle description, il n’y aurait disponible en ligne à ce sujet, ainsi que le disent Ray et Alain, que le site web de l’entreprise, laquelle pour mettre en avant sa qualité de services, s’adresse ainsi au client : « Il est compliqué et très urgent de vous livrer ? Mettez-nous à l’épreuve ! Notre grande flexibilité et notre équipe nous permettent à (sic) y arriver ». Elle propose pour illustrer « l’innovation continue » une image en vue oblique de la plateforme sans les recoins cachés où les chauffeurs prennent possession de leur casier, et indique que son « point fort réside dans la formation, le dévouement, la spécialisation et l’engagement de notre équipe, tout en renforçant ses aptitudes personnelles et professionnelles ».
Pour des compléments sur les enquêtes visuelles sur le travail à partir de leurs lieux sensibles :
Jean-François Thémines et Anne-Laure Le Guern, 2018, Analyse du travail et géographie sociale. Des outils pour agir. Londres : ISTE Editions.
Pour une approche géographique des paysages à partir des mobilités en camions :
Jean-François Thémines et Anne-Laure Le Guern, 2018, Paysages des mobilités ordinaires : éduquer au regard en géographie scolaire. Projets de paysage. Revue scientifique sur la conception et l’aménagement de l’espace, n°18, Didactique du paysage, 10.07.2018.
URL : http://www.projetsdepaysage.fr/editpdf.php?texte=993


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