Jan VOSS au Musée Quesnel-Morinière de Coutances

Le Musée Quesnel-Morinière de Coutances accueille pour le début d’été 2020 une très belle exposition d’œuvres de Jan Voss : des aquarelles, des gravures, des collages, de grandes toiles également. Cela s’appelle Arrêts sur images. Le commissaire d’exposition est Jean-Pascal Léger, également éditeur et auteur de nombreuses études sur la peinture et la photographie.

Les œuvres sont installées dans les trois pièces en enfilade du rez-de-chaussée de cet ancien hôtel particulier des XVIIe et XVIIIe siècles. La première salle est ouverte à la fois sur la cour et sur le jardin des Plantes. Elle rassemble des gravures réalisées pour des ouvrages présentés sous vitrine et des aquarelles. La modestie des formats invite à se rapprocher jusqu’à percevoir le grain du papier et le relief des gravures, dans une lumière tamisée qu’on imagine être la même qu’au XVIIIe (voir photographie ci-dessous).

première salle
Première salle de l’exposition. Aquarelles et vitrine, vers le jardin des Plantes. photographie : Jean-François Thémines

La seconde salle rassemble des compositions/collages colorés de carton, de papier, de ficelles. La troisième pièce fait dialoguer de grandes toiles récentes. Les tableaux se saisissent d’abord de loin. Puis on se rapproche et on entre dans le lacis des signes ou l’agencement des plages de couleur. C’est là où, de la manière sans doute la plus évidente, « Jan Voss nous raconte des histoires picturales » (Jean-Pascal Léger).

Ces grandes toiles récentes ne fonctionnent pas exactement de la même façon. Une paraît s’adresser à nous : Where have you been all night ? – c’est aussi le titre de l’œuvre – est inscrit, parfaitement lisible dans la partie centrale du tableau. On peut chercher (ou non) à établir un rapport entre les scènes que l’on imagine déceler ici et là sur la toile et cette question proclamée (voir photographie ci-dessous).

where

Une autre, Blue Mood, paraît plus atmosphérique, avec ses deux grandes plages bleu et noir rayé de blanc. Elle comporte néanmoins ce réseau de tracés – plus uniformément noirs que dans d’autres toiles – que l’on peut suivre à loisir (voir photographie ci-dessous).

blue mood

Avec les autres, comme son titre l’indique, est sans doute le plus polyphonique des trois tableaux. Nulle interpellation. Nulle dominante atmosphérique. Une prolifération de scènes, de signes distribués sur la totalité de la toile, des tracés rouges, bleus, noirs (voir photographie ci-dessous)

avec les autres

On est face à une infinité d’histoires à (se) raconter. Par exemple, on donnerait un nom à chacune de ces figures qu’on croit y reconnaître, ni portrait, ni représentation interchangeable. Qui sont-ils ? Que font-ils ? Que vont-ils nous raconter ? Quelles histoires les relient ? (voir photographie ci-dessous)

personnages-page-001

Curieusement, en ces temps de déconfinement, la signalétique de la circulation prévue devant les toiles et d’une salle à l’autre semblent prolonger les toiles et poursuivre sur le sol leurs écritures dessinées (voir photographie ci-dessous).

IMG_0501

Une fois sortis du musée, il reste à continuer l’histoire, les histoires comme Jan Voss y invite à « toile ouverte », mais dans la rue. Le jeu se joue bien avec les premiers passants croisés aux abords du musée ; il suffit de s’asseoir sur le petit muret de granite en face.

Ce qui est plus compliqué, c’est la perception d’une polyphonie (urbaine) dans un Coutances que la période Covid a anesthésié (les deux tiers des restaurants fermés un des premiers dimanches d’été). Coutances ressemble alors furieusement au portrait qu’en a dressé le romancier, journaliste et critique d’art Rémy de Gourmont (1858-1915) – élève au lycée, dans La Petite Ville (voir photographies ci-dessous).

buste rémy de gourmont
Buste de Rémy de Gourmont, inauguré en 1922, jardin des Plantes (photographie : Jean-François Thémines)
smart
Fac-similé de l’édition originale de La Petite Ville, « avec des bois dessinés et gravés par Joseph Quesnel » aux éditions du Pou qui grimpe à Coutances (Editions Séquences, Rezé, 1994).

Reste l’écho durable des écritures dessinées et si sonores de Jan Voss. Assurément à voir, à lire, à raconter, à prolonger.

Pour en savoir plus sur Jan Voss

Sur le site de la galerie Lelong, la présentation de l’artiste : https://www.galerie-lelong.com/fr/artiste/26/jan-voss/

et celle d’une exposition qui lui a été consacrée : https://www.youtube.com/watch?v=LB7vJt9LLlg&list=PLMwI-FA_-Qx4RQTCs6mCPKXfEhdeuGttX&index=4&t=0s

Un reportage au sujet de l’exposition de Jan Voss « Sans Papier » (2010,Musée de Louviers) : https://www.youtube.com/watch?v=hT7goATlla4

L’annonce du documentaire L’art et la manière : Jan Voss, d’Antoine Parouty (Arte France, 2010) : https://www.museumtv.art/programmes/art-pop/lart-et-la-maniere-jan-voss/

 

 

Laisser un commentaire