Le Pic de Saint-Bressou

Le Pic de Saint-Bressou est une haute colline à deux sommets voisins culminant à 609 et 618 mètres.

Je ne sais pas qui a pu l’appeler Pic, ni quand. Dans le lexique régional, il s’agirait plutôt d’un puy ou d’un pech, le plus haut d’entre eux à quelques kilomètres à la ronde.

Observer ce sommet, c’est voir comment il prend ou a pris place dans plusieurs réseaux d’appropriation de l’espace. Au moins quatre. Commençons par la photographie prise depuis le dernier virage avant d’arriver au sommet.

pic de saint-bressou
Vue du sommet du pic de Saint-Bressou, 19 juillet 2020 (photographies : Jean-François Thémines)

Au milieu, peu visible, une croix catholique sur un haut socle de pierre taillée. A gauche, un petit édifice presque cubique de couleur ocre rouge. Dominant le tout, trois antennes radio.

Réseau 1 : seul marquage pendant un siècle au moins, la croix s’insère dans le réseau local commun des croix de carrefour, de bords de chemin et de lieux remarquables. Vue d’en haut, depuis le belvédère qui couronne le petit édifice, on retrouve un peu de la fonction qu’a(vait) cette croix d’orienter (elle « regarde » bien vers l’Est) les espaces du quotidien d’une communauté villageoise.

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La croix du pic de Saint-Bressou

Réseau 2 : depuis les dernières décennies du XXe siècle, les antennes radio sont la marque de l’appropriation de l’espace national hertzien par des compagnies publiques ou privées. Ces trois antennes sont la propriété d’EDF ou GDF, TDF et d’un titulaire de programme radio-TV. Ce sont elles qui permettent de repérer le Pic de Saint-Bressou, de loin, en passant sur la route de Gramat à Figeac, maillon de l’ancienne nationale 140 (route de Figeac à Montargis à partir de 1828, route de Cressensac à Rodez de 1973 à 2006) – c’est un autre réseau.

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Les antennes du pic. Vue en direction du Nord-Ouest. Au fond, le Ségala de Latronquière.

 

Réseau 3 : l’édifice de couleur ocre rouge est une tour d’orientation. Pour ce genre d’équipement apparu dans la région avec le développement du tourisme au début du XXe siècle, elle est récente puisqu’elle a été construite en 2001-2002. Je ne sais pas s’il existe une carte des tables d’orientation répertoriées dans le département. Cela matérialiserait ce réseau, cet espace peu visible des dispositifs de panorama. Les financeurs de cette tour sont publics : collectivités territoriales et compagnies propriétaires d’antennes radio. Censé accueillir des promeneurs, l’édifice dont la plaque de présentation rédigée par son architecte (Atelier Joël Nissou Architectes) a disparu, permet d’observer lorsqu’on arrive en haut, puisqu’il est spécifiquement fait pour cela, pour produire du paysage, ce qui prend l’allure d’un paysage à 360 degrés. Curieusement, deux des quatre côtés seulement du belvédère ont été dotés d’une représentation photographique de type panoramique, le côté Nord et le côté Sud. L’une des deux représentations photographiques a été vandalisée ; elle est illisible.

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La tour d’observation construite en 2001-2002 (Atelier Joël Nissou Architectes)

La situation géographique du Pic en fait un belvédère sans même le rehaussement que cette tour lui procure (on est grâce à elle à 624 m en haut). Ce relief constitutif des premières hautes terres du Ségala lotois (à partir de l’Ouest) surplombe d’environ trois cent mètres les étroits bassins qui constituent le Limargue et, un peu plus à l’Ouest, les plateaux ondulants du Causse de Gramat. Il permet aussi de voir, vers l’Est, les autres dômes de ce Ségala lotois (aux alentours de 750 mètres) avec, en arrière, les silhouettes des Monts du Cantal ainsi que, plus au Sud, celles du Causse de Villeneuve et des plateaux du centre-Ouest aveyronnais.

La carte géologique de Lacapelle-Marival permet de distinguer les trois ensembles géologiques correspondant aux paysages décrits avant. En bleu et vert clair : les paléobasaltes et les quartzites des hautes collines du Ségala, roches volcaniques et métamorphiques mises en place au précambrien et à l’ère primaire – stéphanien (massif ancien). En ocre moyen, les grès du trias correspondant au Limargue. En violet, les calcaires du lias qui forment les assises des paysages du Causse de Gramat.

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Extrait de la carte géologique de Lacapelle Marival (BRGM, 2002)

Sur place, on peut s’exercer à reconnaître des villages et des bourgs proches. Sur le Causse, du plus loin vers le plus proche : Gramat, Espédaillac, Grèzes, Livernon, Assier (voir photographies successives).

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Gramat, au second plan
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Le bourg tout en longueur d’Espédaillac (troisième plan)
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Grèzes (à gauche et en arrière) et Livernon (à droite et en avant au second plan)
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Assier (au centre), Livernon (en haut à gauche)

Dans le Limargue, tout près, mais très en contrebas : Le Bouyssou

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Le bourg du Bouyssou

Dans le Ségala, Anglars

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le bourg d’Anglars (photographie prise pendant la montée par le Bois-Bordet)

Vers le Sud-Est, entre Figeac et Capdenac, entre vallées du Célé et du Lot, repérable à la silhouette des installations de Figeac Aéro, la zone industrielle de L’Aiguille aujourd’hui suspendue aux évolutions du secteur aéronautique mondial.

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au loin, environ 20 kilomètres, les installations de Figeac Aéro. On devine à l’arrière-plan le versant de la vallée du Lot

Et en dépit d’une lumière qui a blanchi dans le courant de la matinée, cet aperçu de Monts du Cantal.

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Au second plan, le Ségala vers Cardaillac et l’arrière-plan, le Cantal

Plus basse en altitude d’une centaine de mètres, Saint-Bressou est invisible depuis le Pic du fait de la hauteur des arbres. Mais voici une vue du bourg que l’on peut traverser quelques minutes avant.

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Saint-Bressou, une vue du bourg, vers l’église Saint-Martial

Premier village du Ségala quand on monte de Lacapelle-Marival, il compte aujourd’hui 114 habitants recensés dans des hameaux dispersés comme le montrent ces panneaux.

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Panneaux directionnels au bourg de Saint-Bressou. A l’arrière-plan, l’ancienne école

Les hameaux sont concentrés sur les hauteurs quasi-planes de ces hautes collines dont les versants raides, tels ceux que nous avons traversés depuis Lacapelle en passant par le Bois-Bordet, sont couverts de bois (châtaigniers, chênes, épicéas, bouleaux), ainsi qu’on le voit sur la photographie aérienne récente ci-dessous (source : Géoportail).

photo aérienne

En couvrant de vert l’ensemble des terroirs, Causse, Limargue et Ségala, la saison estivale en atténue les différences de peuplement. Tandis que les espaces de causse connaissent un regain tangible bien que modéré de leur population, certaines communes de ce Ségala « coincées » entre les deux aires dynamiques des bassins de Figeac et de Biars-Bretenoux, demeurent très fragiles. Après avoir gagné quelques habitants entre 2005 et 2010, Saint-Bressou en a reperdu en 2017.

cart démo lot
Évolutions démographiques du Lot 2006-2011-2016. Source : INSEE, DDT du Lot (2019). Le territoire communal de Saint-Bressou est dans le cercle rouge au bout de la flèche

Cela justifie les opérations de soutien à l’habitat participatif dont on peut découvrir l’appel apposé sur l’une des fenêtres de l’ancienne école. Voir aussi : https://www.blogdesbourians.fr/lhabitat-participatif-a-st-bressou/

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Affiche pour le projet communal d’habitat participatif deSaint-Bressou

A voir l’état assez dégradé de la tour d’observation, on se demande si le passage à quelques dizaines de mètres en contrebas du sommet du GR 6 qui est aussi une des variantes du Chemin de Saint-Jacques, ici entre Rocamadour et Figeac, est bien exploité. C’est le quatrième réseau présent à Saint-Bressou, celui, européen, des chemins de pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle et français des chemins de grande randonnée.

Nulle indication sur ce chemin de la présence de cette tour d’orientation, et inversement. Pourtant, quelques minutes avant l’arrivée sur le belvédère, sur le chemin, cette vue.

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Des pélerins sur le GR6 à hauteur de Saint-Bressou ce 19 juillet 2020 à 8h45

Et des expériences de côtoiement, comme celles de Florence et Jacky Palot, agriculteurs à Saint-Bressou, lesquels ont ouvert une grange libre d’accès aux marcheurs : https://www.ladepeche.fr/article/2018/03/06/2753859-il-etait-une-petite-grange-sur-le-chemin-des-pelerins.html

Pour quelques images en plus, voir la « Visite virtuelle » proposée par Yann Lesselier https://www.lot-46.com/saint-bressou-la-tour-dobservation-du-pic-de-saint-bressou/

Et, surtout, montez au Pic de Saint-Bressou à pied (de Lacapelle, de Cardaillac ou du Bouyssou) et retournez-y à d’autres saisons, quand la lumière est plus subtile qu’en cette mi-juillet 2020.

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