C’est une photographie prise en route, sur l’ancienne RN10, ce 12 juillet 2020.

IMG_0075
L’ancienne Etoile du Sud, 12 juillet 2020 (photographie : Anne-Laure Le Guern)

Ce n’est pas la première photographie que nous ayons faite à cet endroit précis. Il s’était alors agi de capturer, presque par hasard, ce vestige des routes de vacances des années 1960 et 1970. Je ne peux pas dire que je me souviens de cette station-service en fonctionnement. Sans aucun doute, elle fonctionnait à cette époque-là (elle a été mise en service en 1956). Y compris, certainement, quand nous passions devant elle, aux alentours de six heures du matin, parce qu’elle faisait partie des stations du réseau « Total de nuit » (ouverture 24 heures sur 24). Nous partions généralement de Normandie vers deux heures du matin. Et nous atteignions les confins de la Touraine et du Poitou quatre heures plus tard.

Nous sommes peu après Sainte-Maure de Touraine et Maillé (Indre-et-Loire) ; un peu avant les Ormes (Vienne). Lors des vacances des années 1960 et 1970, en particulier celles d’été, la Route Nationale 10 est très chargée. En dépit des passages en trois voies (2 + 1) particulièrement accidentogènes, les ralentissements sont fréquents, les bouchons rituels dans la traversée des bourgs, comme en témoigne cette photographie (prise à Tours) parue dans la République du Centre-Ouest.

bouchons de montbazon

Aujourd’hui, nous y passons parce que l’autoroute A10 des premiers congés post-confinement est bouchée. Nous avons obliqué dans le nord de l’Indre-et-Loire à Neuillé Pont-Pierre, traversé Tours, puis les Gués de Veigné, Montbazon, Sorigny, Sainte-Maure. Nous sommes donc, quasiment seuls, sur « l’ancienne route ».

L’ « ancienne route » est là sous les pneus, sous les yeux. A travers le pare-brise, cela fonctionne comme un écran où l’on verrait non seulement ce qu’un appareil photographique peut enregistrer, mais aussi ce qu’une mémoire peut ramener dans ses filets, une discussion en route aussi (Anne-Laure n’a pas connu cette route-là de vacances, mais une autre presque perpendiculaire) et le goût de ces espaces d’anciennes routes qui en fait rechercher des indices visuels partiellement effacés.

Autres motifs visuels : ce pignon d’une maison de bord de route abandonnée où se devine bien encore le nom d’une marque d’alcool, ce petit avion fixé dans son envol signalant l’aérodrome de Sorigny.

suze
Sur l’écran, les bords de la nationale 10, 12 juillet 2020 (photographie : Anne-Laure Le Guern)
IMG_0068 - Copie
Sur l’écran, les bords de la nationale 10, l’aérodrome de Sorigny (photographie : Anne-Laure Le Guern)

Lorsque l’« ancienne route » était la route, l’endroit fut un relais (Charles Martel). Elle devint une station-service (l’Etoile du Sud). Vous trouverez l’histoire du lieu à cette adresse : http://nationale10.e-monsite.com/pages/un-mois-un-lieu/janvier-2015-le-relais-charles-martel-ste-maure-de-touraine.html.

C’est un voyage en soi. J’en ai repris quelques images pour prolonger l’expérience de projection que constitue le passage en voiture devant cette ancienne station.

station-1984
La station-service en 1984 (?)
astudejaoublie-station-service-etoile-du-sud-3
La station service en 1996. Source secondaire : http://astudejaoublie.blogspot.com/2013/07/sainte-maure-de-touraine-station.html

La station a été repeinte. Sa silhouette est comme redoublée par le panneau de signalisation qui indique la présence possible de cerfs ou de chevreuils bondissants en travers d’une route qui fut moins tranquille.

Faut-il parler d’un tourisme des anciennes routes nationales ? Certaines communes arborent en tout cas des panneaux signalant qu’elles sont traversées par la route nationale 10 historique. C’est le cas de Montbazon, quelques kilomètres au nord de l’ancienne Etoile du Sud, comme d’une quinzaine de communes d’Indre-et-Loire. Lancée en 2016 par l’association Nostal’10, cette initiative vise entre autres à obtenir la protection d’édifices, de façades emblématiques de cet espace routier.

RN10
Panneau de signalisation de la route nationale 10 historique (photographie : Anne-Laure Le Guern)

La même association est à l’origine d’une manifestation biennale de commémoration des bouchons de la RN10, à Sainte-Maure-de-Touraine (voir l’affiche ci-dessous).

affiche-2017

2024 : l’Etoile du Sud a fait peau neuve. Son inauguration officielle a eu lieu pour les Journées du Patrimoine. Elle a retrouvé le logo OZO qui était la marque de carburants initialement distribuée dans cette station (filiale de l’Omnium Français des Pétroles) : un losange à bords rouges entourant l’inscription dans le même rouge des trois lettres. Le local a été réaménagé, y compris le coffre-fort d’origine jamais descellé (voir reportage France 3 Régions). Les pompes à essence sont factices. Les bénévoles de l’association Nostal’10, présidée par Laurent Carré, professeur d’histoire-géographie à Descartes, ont assuré cette restauration.

On peut comme avant guetter en haut de la côte – si on vient de Châtellerault – l’apparition de la station que cache longtemps la silhouette de l’ancien relais.

L’écran du pare-brise, la machine à images continue à fonctionner. 

 ci-dessus : l’apparition (photographies : Anne-Laure Le Guern, 30 octobre 2024)

 Pour continuer la projection : 

Le site de « On est heureux Nationale 10 » :  http://nationale10.e-monsite.com/pages/souvenirs/ma-nationale-10-a-moi-de-l-laine.html 

http://nationale10.e-monsite.com/pages/le-bouchon/ca-bouchonne-sur-la-10-septembre-2017.html

Un article et un court reportage de France 3 Régions sur l’inauguration de l’ancienne station Ozo : https://www.lanouvellerepublique.fr/indre-et-loire/commune/sainte-maure-de-touraine/indre-et-loire-la-station-service-des-annees-50-reprend-vie

https://france3-regions.francetvinfo.fr/centre-val-de-loire/indre-loire/des-passionnes-redonnent-vie-a-une-station-service-abandonnee-sur-l-ancienne-rn-10-2959589.html

Pour d’autres vues d’époque de stations et de panneaux publicitaires de la marque Ozo, sur le site des Soupapes Avignonnaises (« un regard particulier pour toutes les mécaniques des Trente Glorieuses, 1945 – 1975) : http://www.lesrendezvousdelareine.com/article-quand-les-enseignes-des-pompes-a-essence-ozo-ornaient-le-bord-des-routes-fran-aises-121001060.html

Et un ouvrage : Laurent Carré et Thierry Dubois, 2018, On est heureux… Nationale 10, Editions Paquet. www.collection-calandre.com

Une réponse à « L’Etoile du Sud, à Sainte-Maure de Touraine : l’ancienne route et l’écran »

Laisser un commentaire