Un détail, intentionnellement apposé bien que presque caché. Et voici enclenché un récit de géographie avec animaux. 

Cet exercice de vacances, je le dois à la personne qui a placé sur un lampadaire, en ce début d’été figeacois, un discret autocollant autoproduit. « Aimer les pangolins » avais-je cru, sans doute influencé par les deux coeurs représentés juste en-dessous. Jusqu’à ce que Ludo m’indique (cf commentaire) que, non, c’était plutôt Ci-mer/Mer-ci les pangolins !

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Quelque part, place du Foirail à Figeac, 25 juillet 2020. Photographie : Jean-François Thémines

Temps 1 : Au bord de la ville, au nord, ni Foirail ni place avant 1850. Les champs de Vidaillac et de la colline de Montviguier viennent buter sur ce qu’il reste des remparts de Figeac. Sur la carte d’état-major (1820-1866), on voit cependant l’aménagement de ce Foirail, face aux rares fermes sur les terres que la petite ville n’a pas encore grignotées. Il est réalisé en 1850 sous la direction du colonel du génie civil Pierre Teulié, lui-même né à Figeac en 1779. Dans ces paysages ruraux, il faut imaginer des animaux que l’on élève. Figeac est en étroite relation avec ses abords ruraux pour l’approvisionnement.

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Source : Géoportail

Temps 2 : Au même endroit, plus tard, le Foirail tel qu’on peut encore en deviner les grandes lignes. La topographie a été modifiée, ce dont rend bien compte la photographie aérienne (ci-dessous) prise un siècle plus tard.

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C’est une longue place où, du carrefour des Tours jusqu’à l’ancien collège et dans son prolongement en descendant vers le faubourg du Pin, se tiennent les foires de Figeac, avec leurs emplacements spécifiques pour les veaux, pour les truies et les porcelets, pour les moutons, pour les vaches. Comme dans toute campagne de polyculture et d’élevage, la foire est l’événement d’un monde paysan qui vient en ville pour faire affaire, se voir, discuter et acheter les biens indispensables. Il y aussi les marchands de vêtements, d’outillage, de machines agricoles. Le photographe Bernard Delfraissy a rassemblé dans l’ouvrage Jours de foire à Figeac quelques belles photographies de ce monde (la reproduction ci-dessous d’une de celles-ci).

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Photographie : Bernard Delfraissy https://delfraissy-bernard.jimdo.com/foires-de-figeac/

Temps 3 : Au même endroit, encore plus tard. Cela s’appelle toujours le Foirail, mais ce n’en est plus un. Il ne faut pas chercher dans le goudron des parkings les fourreaux dans lesquels étaient enfoncés les poteaux qui permettaient d’attacher les animaux les jours de foire. A quelques mètres de l’endroit où Bernard Delfraissy a pris la photographie reproduite ci-dessus, cette photographie ci-dessous, un peu moins d’un demi-siècle après.

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Photographie : Jean-François Thémines

En arrière, la même maison au toit plutôt plat avec un décrochage sur la gauche. La cheminée a un peu changé et un vélux a été posé. Le mur qui est un élément tardif des remparts de Figeac a été restauré. Le recul pris par rapport à ce mur, sur la photographie de Bernard Delfraissy, permettait de voir à l’arrière-plan la colline du Cingle ; ce qui n’est pas le cas ici.

Devant, tout près, un autocollant artisanal discrètement collé. Il faut s’être garé sur la place de parking qui jouxte ce poteau d’éclairage public pour le voir : cimer les pangolins.

Parking presque quelconque, la place du Foirail appartient aussi à un monde « bouclé » : un monde où les informations, les capitaux, les marchandises et une partie des êtres vivants (encore vivants ou tués, libres ou captifs, certains mutant) sous l’impulsion des humains, circulent en boucles autour de la Terre.

C’est un monde où les pangolins sont devenus nos proches. En fait, ils l’étaient déjà, mais nous ne le savions pas ; en tout cas, beaucoup d’entre nous l’ignoraient.

A découvrir : les photographies et l’ouvrage de Bernard Delfraissy à l’adresse suivante : https://delfraissy-bernard.jimdo.com/foires-de-figeac/

2 réponses à « Cimer (merci) les pangolins sur la place du Foirail à Figeac »

  1. Avatar de Ludo Bourdais
    Ludo Bourdais

    Bonjour/soir Jean-François,
    je suggère une autre lecture de l’inscription néographique photographiée sur un poteau luminaire de Figeac : il s’agirait davantage d’un verlan « cimer (mer-ci) les pangolins ».
    De bons et durables souvenirs de tes cours au lycée d’Alençon et des musicassettes des Lords of the N-C, entre autres !

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    1. Avatar de Jean-François Thémines
      Jean-François Thémines

      Merci les pangolins, donc. Et surtout, merci Ludovic. De bons souvenirs également !

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