Il y a des paysages que l’on admire pour leur beauté, leur ampleur ou leur réputation.
Il y a des paysages ordinaires que l’on ne voit pas forcément parce qu’on n’a pas appris à les regarder.
Et il y a aussi ceux où on regarde un bout de sa vie : des paysages biographiques.
Comme à Capdenac. En tout cas, dimanche 16 août 2020, en milieu d’après-midi.
Quand nous arrivons au village belvédère de Capdenac-le-Haut (Lot), des petits groupes, des familles sont là, par grappes. Tous regardent en contrebas dans une boucle du Lot son homonyme aveyronnais, Capdenac-Gare. Les index sont tendus. On se repère, on aide les autres à se repérer.

Le lundi précédent, en fin d’après-midi, du même endroit mais dans la direction opposée, on aurait vu cette tornade descendant la vallée du Célé et tordant des platanes dans les rues de Figeac.

Ce dimanche après-midi, tout est tranquille. On désigne la maison du pépé, celle des amis. On raconte, on se raconte des bribes de vie, on discute. On prend en photo le panorama avec maison (peut-être, sans doute) avant de quitter le belvédère, ses souvenirs et revenir au temps présent.
Cet exercice de repérage c’est aussi le mien. Capdenac-le-Haut, c’est quelques promenades familiales d’étés d’autrefois, d’où l’on pouvait voir là où mes grands-parents maternels avaient habité, avant de changer de village et de département. Sur les premières collines derrière Capdenac-Gare, chercher Combevigane. En réalité, il faudra la carte ensuite, de retour à la maison, pour s’assurer que Combevigane est bien là sur la photographie, que c’était bien là en face de nous.
Paysages biographiques : des vies peuvent être rattachées par une vue d’ensemble à des lieux, réactivant une proximité que ne cesse pourtant de creuser le temps qui passe.
Si la petite ville s’est étendue de quelques quartiers pavillonnaires perturbant le repérage du hameau où habitaient les grands-parents et deux de leurs enfants – dont ma mère – à ce moment-là (années de guerre et d’après-guerre), les horizons n’ont cessé de gagner en bois et en friches couronnant les collines de ce causse aveyronnais. Surtout, le nœud ferroviaire d’où est sorti le Capdenac-gare « moderne », celui de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe, s’est presque fondu dans le paysage.
Toujours le pont sur le Lot à la sortie du tunnel qui conduit vers Figeac (ligne ouverte en 1866), toujours la gare avec sa tour construite en 1927 évoquant un pigeonnier des campagnes environnantes du Haut-Quercy..

Mais si peu de machines, pas un bruit de train, la rumeur des voitures prenant la route de Décazeville ou remontant vers Figeac.

Si Capdenac-Gare est à voir cet après-midi pour moi, c’est parce que mon grand-père maternel était cheminot, dans le Capdenac de cette vieille carte postale (voir ci-dessous), plutôt que dans celui qui est à nos pieds. Il n’était plus cheminot depuis longtemps lorsque La Vie du Rail a consacré un numéro à Capdenac (voir ci-dessous), mais je parcourais toujours les derniers numéros de ce journal, pendant les vacances, chez mes grands-parents, puis ma grand-mère.


Contrairement aux apparences, les lieux ne cessent de bouger. La force d’un paysage biographique, c’est peut-être de lier souvenirs flous de quelque figure lointaine avec une méditation sur la trajectoire des lieux, ces dynamiques de l’espace qui marquent toute vie.
Avez-vous quelque paysage biographique à proposer à votre tour ?
Laisser un commentaire