La Place Voltaire à Ussel (Corrèze) est assez peu une place. On y passe beaucoup en voiture, en sortant du centre ville, pour aller vers l’A89 et Egletons. La route départementale 1089 coupe son périmètre, trois petites routes y démarrent qui rejoignent également le centre-ville et deux départementales allant vers le Sud et le Sud-Est du département. On y trouve un espace vert, quelques arbres, des bancs, un parking, des voitures… et beaucoup de monuments.
Là aussi, c’est un peu le désordre. Leur agencement et le plan d’accès automobile ne permettent pas aux promeneurs d’aller aisément de l’un à l’autre.
Ce désordre n’est pas sans intérêt.
Voici donc quatre éléments monumentaux qui n’ont pour rapport que d’être sur cette place qui n’en est pas vraiment une.
Un « non-lieu » et des récits multiples.
Sans titre
Sans titre, sculpture de Daniel Resal, réalisée sur commande publique. De l’art contemporain, subtil et brut. Acier et granit. Installée au coin d’un carrefour, en 1987 ou 1989 devant l’école maternelle. Impossible de tourner autour à bonne distance. Une petite stèle de granit posée sur la pelouse permet d’en identifier l’auteur.

L’aigle
De l’autre côté de la départementale. Etrange sculpture datée du IIe ou IIIe siècle après Jésus-Christ et, apparemment pourvue d’une tête, après son exhumation au début du XIXe siècle, en hommage à Napoléon 1er. Rehaussée sur un socle monumental. Estampillée Monument historique.

A noter que les bancs récemment installés n’ont pas été orientés vers ces deux monuments. Ils leur tournent même le dos.

Le monument aux morts de la Première Guerre mondiale
C’est une copie en lave de Volvic du monument original inauguré en 1924 (sculpteur : Paul Graf), réinauguré donc en 2009. Une figure féminine monumentale protégeant et célébrant un poilu. Une sédimentation de plaques commémoratives qui rappelle la succession des guerres du XXe siècle. La Première, puis la Seconde, les combats de la Libération, les morts de la Fonderie Montupet, les Guerres de décolonisation. Raccourci d’un siècle : Ussel est la ville de naissance de Marcel Treich-Laplène (1860-1890) explorateur et colon dans la région de la future Côte d’Ivoire. Son buste, avec casque colonial, est dans le parc de la mairie d’Ussel. Son père Gustave, maire de la commune, a été magistrat en Kabylie, où est mort l’un des jeunes Ussellois dont le nom figure sur le monument.

Le monument commémoratif du massacre d’Ussel le 10 juin 1944, place Voltaire
47 résistants Francs-Tireurs Partisans sont abattus par des soldats allemands repliés à l’Ecole Primaire Supérieure. Le nom de ces jeunes sur le monument devant le collège qui a succédé à cette Ecole Primaire Supérieure.

Voltaire est le nom du nouveau collège construit sur le même site et qui ouvre en 1953. Le nom de la place aussi dans ce pays de libre pensée, l’un des fiefs du communisme rural limousin dès les années 1920. Voltaire, c’est aussi un visage devenu familier.

Difficile de faire de cela un tout : une forme très déliée d’interspatialités.


Et le centre-ville
Il est classique, sur le régime de l’association monumentale. Mais pas sans surprise pourvu que l’on s’attache aux détails.
Ici, une Notre-Dame des Septs Douleurs un peu oubliée dans un recoin ; là, un témoignage de présence de la libre pensée, en mosaïque typique de l’art déco bien présent sur le tour de ville.


Et des personnages « monumentalisés ».
Car si un monument est une construction destinée à transmettre le souvenir d’une personne ou d’un événement remarquable, alors nous avons rencontré à Ussel d’autres personnages monumentalisés que ceux de la Place Voltaire.
Alice

Alice, modiste à Ussel dans l’Entre-deux-guerres : sa boutique fait l’objet d’un très évocatrice restitution au Musée du Pays d’Ussel (à visiter absolument au moins pour sa « rue des boutiques » et ses restitutions de métiers anciens)
Coquet

Coquet, le cheval – du boulanger Faugeron – naturalisé après sa mort en 1885, tire indéfiniment un corbillard dans l’ancienne chapelle Saint-Martial, où sont rassemblés du matériel liturgique et des objets de dévotions populaires.
Et pour poursuivre les récits de cette topographie monumentale
Sur Daniel Resal : http://jeune.sculpture.free.fr/oxxxx707.htm
un site concernant les artistes et le Limousin : https://geoculture.fr/oeuvres
Le site du Musée du Pays d’Ussel : http://www.ussel19.fr/activites/musee-du-pays-dussel/hotel-bonnot-de-bay/
Sur les circonstances du massacre d’Ussel, place Voltaire : https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article226169
Sur la statuaire féminine dans les monuments aux morts du Limousin : https://www.reseau-canope.fr/academie-de-limoges/14-18/wp-content/uploads/2016/07/Exposition-EME-version-02-2014.pdf
Et sur le communisme rural en Limousin, cet article de Dominique Danthieux, « Le communisme rural en Limousin : de l’héritage protestataire à la résistance sociale (de la fin du 19e siècle aux années 1960) », Ruralia [En ligne], URL : https://journals.openedition.org/ruralia/1077
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