Abri : Lieu servant à protéger. Lieu couvert protégeant des humains ou des animaux contre les intempéries ou quelque danger (Dictionnaire CNRTL)

Gariotte, Assier (Photographie : Jean-François Thémines, 27 décembre 2020)

Sur la photographie, un abri de pierre sèche comme il en existe des centaines sur les Causses du Lot. Plutôt gariotte que caselle, les deux termes désignant dans cette grande famille des abris de pierre sèche, le premier plutôt de petits édifices, assez simplement constitués ; le second des constructions plus amples, élaborées et d’une grande diversité de formes. Les premières servaient davantage aux animaux qu’aux humains, les seconds plutôt aux humains.

Aucun de ces abris n’est exactement le même que celui de la parcelle d’à côté. Cette gariotte prolonge un cayrou, là où le mur de clôture s’épaissit par apport de dalles et de divers blocs de calcaire remontés dans le sol à la fin de l’hiver. Cela fait longtemps que des animaux ou des humains ne se sont pas abrités dans cette gariotte. Le petit buisson à l’entrée et l’absence de marques de passage dans l’herbe sont les indices sûrs de ce délaissement. Les dalles disposées en une petite voûte commencent à s’affaisser, mais cela peut tenir encore longtemps.

La gariotte dans sa parcelle (Jean-François Thémines, 27 décembre 2020)
Vue de côté : le cayrou, à droite, sur lequel prend appui la gariotte (Jean-François Thémines, 27 décembre 2020)

Je me suis souvent demandé ce que les bergers se racontaient dans ces abris, le temps d’un orage ou de se réchauffer auprès d’un feu. Quels mots, quelles pensées pendant et entre les regards portés sur les animaux conduits au champ ? Je n’y ai jamais trouvé de graffiti. Juste des pierres disposées pour s’asseoir, peut-être caler un baluchon ou un « oreiller » de feuilles et d’herbes séchées.

A m’y glisser pour essayer d’y retrouver ces « mots », par la posture (le corps courbé, plus près du sol qu’à l’ordinaire) et le regard porté sur le champ dans les limites du cadre que l’ouverture dessine, je ne suis jamais arrivé à les entendre.

Par contre, on expérimente une proximité avec le travail révolu, surtout les pierres arrachées au sol, équarries, montées en murs et en abris. Il n’est pas très difficile d’imaginer les coups de pioche ou de marteau, le déplacement des blocs à travers le champ, le cercle de fondation pour caler la première rangée, le tri des pierres apportées, le choix de poser celle-là plutôt que telle autre… pour cent cinquante ans.

Certains de ces abris ont partiellement changé de fonction : ils abritent des promeneurs. Et ils sont un des éléments de l’image touristique du département du Lot. Le PNR des Causses du Quercy en valorise certains parmi les « spécimens » les plus spectaculaires par leur volume, la régularité des moellons et par le site (en hauteur et en surplomb).

Spectaculaires, les caselles du village de Marcilhac sont de base carrée et voisines de fermes qui, peut-être, tiraient bénéfice de complémentarités de terroirs entre causse et vallée du Célé. Les belles photographies sont « faciles ».

Auteur : PNR des Causses du Quercy. Le toit de cette caselle vient d’être refait.

Pittoresque : la caselle du Lac Lacan à Livernon se reflète sur la surface du lac creusé pour les troupeaux en pacage.

http://www.tourisme-lot.com

Le plus appréciable a toujours été pour moi de pouvoir y éprouver ce qu’est le travail humain, dans une de ses variantes locales de mise en formes de la Terre.

Cela m’est plus facile dans ce petit abri que dans les caselles où le travail des « bâtisseurs » est peut-être pourtant plus vivant ou ravivé, parce qu’il redevient une ressource (d’images cette fois-ci) pour le travail des animateurs du territoire et, indirectement peut-être une ressource pour attirer de nouveaux habitants.  

A cent mètres de la gariotte photographiée, un agriculteur a écrasé et pulvérisé le mur de pierres sèches bi-séculaire qui séparait la parcelle d’un chemin de causse. Il a ensuite fiché dans le sol des poteaux qui soutiennent un grillage à moutons, de telle sorte que le chemin public est coupé. Une façon de faire plus adaptée à la constitution de longs parcours de pâture et au temps disponible pour cet agriculteur. Un autre rapport aux éléments aussi.

Pulvériser un mur de pierres sèches. Assier (photographie : Jean-François Thémines, 27 décembre 2020)

Pour aller plus loin :

Sur les constructions de pierre sèche du Quercy, leur dénomination, leurs fonctions, un essai de classification : http://www.pierreseche.com/caselles_du_haut_quercy.htm
L’auteur est Christian Lassure, Essai de classification fonctionnelle des constructions en pierre sèche du Lot, Paris, 1976

Sur la valorisation des caselles par le PNR des Causses du Quercy. : http://www.parc-causses-du-quercy.fr/destination-parc/voir-faire/les-itineraires-du-parc/pied/promenade-et-randonnee/2465650-circuit-ens-les-caselles-de-marcilhac

Une réponse à « Abri : gariottes et caselles sur le causse d’Assier »

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