Promenade au Clos-Joli (Caen) un dimanche matin de printemps.
L’éventrement du quartier est entré dans sa deuxième phase. Cette cité-jardin des années 1930 a déjà été amputée de moitié dans les années 2010. La densification de la ville se poursuit au détriment de quartiers ouvriers périphériques édifiés dans les années 1920-1930.
A la place des maisons de pierre aux jardins soignés, des immeubles à balcons plutôt larges, à locaux commerciaux en rez-de-chaussée et galerie. Eventrés, les petits édifices fonctionnels que les ménages ouvriers avaient construits au fil des ans : abris, garages, poulaillers. Les maisons sont murées. Elles attendent la démolition.
Là, c’est un garage dont l’intérieur avait été peint. Il servait sans doute d’atelier : garage peint par José en 1976. L’inscription est-elle authentique ? D’autres que José sont sans doute passés par là récemment.

Effraction dans de menues géographies du quotidien, ouvertes au regard de promeneurs qui veulent revoir, une dernière fois peut-être, le Clos Joli, ses rues courbes, les noms même de ses rues : rue de l’Epargne, rue de la Prévoyance. « Grande géographie » aussi de la classe ouvrière normande : les habitants du Clos Joli avaient leur vie liée à la SMN, Société Métallurgique de Normandie. Elle a structuré l’est de l’espace caennais et les régions environnantes pendant un petit siècle.
Voir ci-dessous le Clos Joli en vue aérienne après-guerre (à gauche) et aujourd’hui (à droite). Le cercle orange correspond à la partie déjà reconstruite du quartier ; le cercle jaune où l’on reconnaît la disposition des maisons ouvrières, à la partie à reconstruire


On est à l’entrée Nord de Caen. De l’autre côté, en arrière de la gare, au Sud donc, la cité Rethel construite dans les années 1930 est également en cours de démolition et de reconstruction. Rethel, c’est le nom donné en décembre 1923 au grand boulevard qui ceinture le nouveau quartier de la Demi-Lune jusqu’à Sainte-Thérèse. Le quartier ressemble/ressemblait à cela : de solides maisons de pierre souvent jumelées avec de vastes parcelles de jardins (voir ci-dessous)

Voir ci-dessous le Quartier Rethel après-guerre. On reconnaît le tracé courbe du boulevard Rethel et le rond-point Sainte-Thérèse. A droite, le quartier aujourd’hui. Le cercle orange correspond aux deux programmes de logements déjà reconstruits ; le cercle jaune au périmètre en cours de destruction


Le projet de renouvellement urbain du quartier Rethel, avait été initié en 2009 le bailleur social Inolya (ex-Calavados Habitat) et la ville de Caen. Une première tranche de travaux entamée en 2015 est terminée : petites maisons individuelles, plus serrées, moins de jardins ; des immeubles maintenant : biosourcés, parements de bois, végétalisation.
Les pelles mécaniques ont repris les destructions au printemps. Puis on trie : tas de pierre, tas de métal, tas de bois… ainsi finissent les jolies maisons cheminotes… Provisoirement, avant transport par des camions bennes de la société GDE Renaissance de la matière…

Pour quelques images en plus, quelques minutes à penser à ces habitant.e.s, à ce qu’est une vie avec ces espaces pas toujours confortables, mais aux coins et recoins patiemment agencés ; à ce qu’est réduire en poussière des espaces qui, ayant échappé aux bombardements de 1944 – contrairement à la partie centrale de la ville et au quartier de la gare, sont/étaient parmi les plus anciens de Caen…
Le Clos Joli
Webreportage de Jean-Christophe Buchot Mémoire ouvrière et peintures éphémères URL : https://www.lespectateur.fr/Memoire-ouvriere_a217.html
Tendance Ouest : https://www.dailymotion.com/video/xb9eo5
Côté Caen : https://www.youtube.com/watch?v=o7i-DfN9Ytc
Quartier Rethel
Et pour un aperçu des nouveaux immeubles à partir desquels devront s’inventer de nouveaux espaces du quotidien
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