Houlgate Toboggan

Houlgate Toboggan, ce pourrait être un titre de roman. Mais il s’agit de notre « modèle » préféré de promenade à Houlgate.

en bas du toboggan. Dernière villa d’Houlgate en direction des Vaches noires (photographie : Jean-François Thémines, 11 septembre 2021)

Démarrer de la gare construite en même temps que la station et monter d’abord doucement par l’arrière de celle-ci en direction de la butte de Houlgate. Cela monte ensuite de moins en moins doucement par la rue des Degrés, sorte de chemin traversant les rues étagées sur la pente. Les marches sont inégales, les abords mal entretenus. Bientôt les ombres boisées succèdent aux vues lumineuses sur les terrains de villas. On finit par arriver sur la plateforme, en haut du toboggan.

Là, on est au-dessus de la côte et on est comme au bord du monde.

De monde(s), il y en a deux.

Il y a celui des années 1940 et de l’après-guerre.

Le blockhaus, qui est aujourd’hui surmonté d’une table d’orientation, fait partie d’un complexe édifié en 1940 pour contrôler la rive gauche de l’estuaire de la Seine.

L’ancien poste de contrôle ; l’actuelle table d’orientation

Le monde de l’après-guerre est représenté par l’œuvre qu’Yvonne Guégan peintre, céramiste et sculptrice (1915-2005) a créée en 1963 pour l’école élémentaire de Houlgate. Une image de la Terre comme une planète à partager, mais en danger – c’est le temps de l’équilibre de la terreur nucléaire entre les deux grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale

L’école élémentaire d’Houlgate

Et il y a ce monde qui poursuit sa ronde marchande, à quelques kilomètres de là, au Havre, visible depuis la table d’orientation. Les porte-conteneurs attendent au large devant nous, ce samedi après-midi.

L’attente

Cela ne s’arrête jamais : voir saisie d’écran ce dimanche après-midi sur https://www.marinetraffic.com/

Il y a aussi la côte normande et l’intérieur. Sur la première photographie, on distingue parfaitement la silhouette du CHU de Caen et, en arrière-plan, les premières hauteurs du pré-Bocage. Sur la seconde, le car-ferry dans le port de Caen-Ouistreham.

Le CHU : repère de l’arrière-côte
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Puis, deuxième temps de la promenade, on va descendre le toboggan.

Première partie de la glissade : l’escalier en contrebas du blockhaus. Vue générale sur les côtes du Calvados, jusqu’à Omaha Beach.

l’escalier en contrebas du blockhaus

Deuxième temps : on entre dans le périmètre des villas. La route venant du centre monte droit face à nous

Premières villas

Troisième et dernière phase de la glissade : l’escalier (139 marches) qui surplombe les villas de bord de mer, les premières construites. On est bientôt à hauteur de leurs épis de faitage, enfin on se rapproche de la plage…

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C’est ce « redressement » de la plage et de l’estran qui intéresse Félix Valotton dans son tableau daté de 1913 (La marée montante près d’Houlgate).

Presque cinquante ans plus tôt, Edgar Degas (1834 -1917), a préféré sillonner l’estran et les collines (Caumont, Houlgate) depuis le chalet de la Béthanie, situé près du square appelé ensuite Debussy.

On est en 1869 ; la station a dix ans.

Le plan de la station prend en compte cette topographie irrégulière : les flancs de la colline sont parcourus d’allées quand le centre, situé sur un espace plan, est plus densément loti. Avant que cette organisation planifiée de la villégiature ne se mette en place, les premières familles bourgeoises caennaises sont déjà installées, vers 1840, sur les pentes de la butte de Caumont.

Plan de la station (1878). Reproduit dans Houlgate au fil des rues

Troisième temps de la promenade en toboggan, la descente est terminée : nous voilà les pieds dans le sable. Une image de tableau de plage impressionniste : des cabines de plage aux couleurs d’Houlgate, un ciel… normand.

Les cabines de plage
plage d’Houlgate, 11 septembre 2021, 16h30

Mais en se retournant, ce sont les falaises des Vaches noires que l’on devine derrière les baigneurs.

Après le camping surplombant la plage, commencent les dangereuses falaises des Vaches noires

Ces falaises dont les représentations par Paul Huet (1803-1869) sont pratiquement contemporaines (1861-1863) des pastels de Degas, mais relèvent d’une approche plus romantique, quelquefois fantastique. Pas de baigneurs, mais la vie qui a longtemps été la seule ici : les pêcheurs à pied et le ramassage du varech, les paysans et leurs vaches.

Ou : comment une descente de toboggan nous a fait remonter le temps…

Pour aller plus loin :

Sur l’urbanisation de la Côte Fleurie 

Didier Hébert, 2014, Urbanisation de la Côte Fleurie. Principes, organisation et développement (1830-1914), Histoire urbaine. URL :  https://www.cairn.info/revue-histoire-urbaine-2014-3-page-45.htm

Gilles Plum, 2001, Trouville-Deauville et Côte Fleurie. Villas balnéaires du Second Empire. Trouville-sur-Mer/Editions du Temps

Houlgate au fil des rues, 2000, Les Cahiers des Archives départementales du Calvados. Recherches et exposition : classe de CM2 1998 sous la direction de Madame Baratin, institutrice.

Sur Edgar Degas à Houlgate : https://www.happy-mensuel.fr/wp-content/uploads/2020/10/Ete-1869-lieux-choisi-par-Degas-pour-peindre-a-Houlgate.pdf

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