Ou comment un lieu du travail hospitalier, familier des habitants de l’agglomération caennaise et de la région d’ex-Basse-Normandie, est utilisé comme espace public (physique) de mobilisation pour certaines des professions du secteur hospitalier.
Toute mobilisation prend place dans un contexte spatial (à plusieurs échelles) et s’ancre à des lieux qu’elles transforment plus ou moins durablement, en même temps qu’ils servent de porte-voix aux acteurs de ces mobilisations.
C’est ainsi qu’un espace public – celui des débats à ouvrir ou à ne pas considérer comme clos – se modèle à partir de lieux emblématiques où se manifestent et se concentrent (spatialement) les enjeux dudit débat.
Dans le cas des mobilisations hospitalières à Caen, le bâtiment du CHU a été utilisé à plusieurs reprises pour travailler une échelle intermédiaire entre le local et le régional.
Les propriétés du bâtiment sont utilisées pour communiquer à un large public sur le sens de la mobilisation : il est haut (23 étages), domine la ville sur le plateau Nord, est donc un repère dans les espaces de pratiques des habitants de l’agglomération et de la région et il est proche du périphérique Nord d’où ses faces Ouest et Est ne peuvent passer inaperçues.
Le message est bref : quelques lettres ou une figure formées à partir de fenêtres éclairées dans une portion de façade sombre.
Une sorte d’inscription lumineuse qui modifie le lieu qui la porte, le temps où elle apparaît – à partir de la tombée précoce de la nuit en novembre. Ce n’est plus seulement ce bâtiment historique (construction en 1973-1975) et emblématique de la ville, promis à la « déconstruction » à partir de 2026. C’est le lieu d’un secteur en lutte contre la politique de fermeture de lits, contre la dégradation continue de la qualité des services d’urgence.
Et pour le fabriquer en tant quel, il a fallu une coordination (spatiale) par téléphone entre agents, à l’intérieur des services et à l’extérieur du CHU pour ajuster l’éclairage, de sorte que le message apparaisse sans ambiguïté.
Actuellement, c’est une profession qui veut faire valoir ses compétences et son haut niveau de formation (les Infirmiers Anesthésistes Diplômés d’Etat) par la reconnaissance d’un statut, celui d’auxiliaire médical exerçant en pratique avancée (AMPA).
Et qui fait connaître son combat – et même son existence : qui sait ce que veut dire l’acronyme : IADE ? – en utilisant la visibilité du CHU la nuit, au bord du périphérique Nord.





Pour quelques images en plus sur les usages du CHU comme surface d’inscriptions lumineuses :
https://actu.fr/normandie/caen_14118/sos-geant-sur-chu-caen-comment-sy-sont-pris_29801234.html
Et pour en savoir plus sur une approche géographique des mobilisations :
Géographie(s) des mobilisations. Explorer la dimension spatiale de l’action collective, par Anne-Laure Pailloux et Fabrice Ripoll dans Carnets de géographes (2019). URL : https://journals.openedition.org/cdg/5142
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