Quelques éléments de la conclusion apportée avec Julie Duval (doctorante, EMA) à cette journée organisée à l’Inspé Normandie Caen le 29 juin 2022.
Un nuage de mots (voir photographie du tableau qui en est la trace principale)

Pour évoquer l’espace en tant que ressource d’apprentissages (et non comme contenant ou système de positions) :
Au fil des présentations, se recoupent et se précisent quelques conditions/dimensions de cette ressource
- vouloir agir par l’espace sur les relations d’apprentissage : l’intention est première sans que toutefois la dimension spatiale du contexte d’intervention (les environs du quartier de l’école découverts à l’occasion du confinement pour Nadia, les pieds d’immeuble où naissent les terrains d’aventure de Louviers, etc.) ne soit absente ni des motivations, ni de l’action ;
- penser l’espace des apprentissages comme milieu, alors que le pouvoir politique le linéarise (quadrillage et point de vue surplombant) pour le contrôler. A l’inverse de cet espace plan qui est aussi celui faussement familier des globes virtuels, l’espace-milieu est relationnel (toi/ moi, ici/plus loin, ailleurs/ le monde, liens/ ruptures, seuils/ transitions…), multidirectionnel (nos corps et nos sens explorent le milieu ou en reçoivent de l’information de façon non linéaire) et multidimensionnel (l’appréciation des distances opère selon divers registres, éprouvons-le, faisons-le éprouver). Apprendre (par) l’espace, c’est entrer en résonance, être attentif.ve aux sensations, savoir qu’il ne s’épuise pas, fait qu’il est de « recoins » (on aura beau s’élever mentalement, œil de satellite, toujours il échappera), structuré différemment suivant qu’on l’écoute et/ou le sent et/ou le voit et/ou le touche toujours en mobilité, fût-ce celle d’une main posée, d’un regard porté.
- apprendre avec les enfants/les élèves les mots pour dire tout cela : l’espace dès lors que sa représentation ne passe plus par le seul plan – de classe, d’école – et la carte (quadrillage des coordonnées). Sans le « dire », pas d’expérience constituée de l’espace. Dire : entrer (parce qu’on sent qu’on entre dans un nouveau pays)/ sortir/ limite/ confins/ excursion/ rive gauche-rive droite/ marche/ randonnée/etc. ; les réseaux de la pratique : une sente, un sentier, un chemin, une route, une ruelle, une voie verte, etc. ; les couleurs, les sons, les étendues, les distances, les odeurs, les histoires qui vont avec…
- inscrire l’espace dans les récits, les histoires avec lesquels il se déploie. (Faire) apprendre à raconter : il était une fois/il était un lieu… un chemin, un pied d’immeuble, un terrain d’aventure…
- établir et écouter (apprendre à) les récits d’espace des uns, les histoires de lieux des autres (penser aux lignes de Michel de Certeau à ce propos) pour faire société dans la classe et au-delà ;
- l’espace n’étant en somme pleinement réalisé que comme espace public : partagé/ ressenti/ parlé/ discuté/ multiple/ montré comme tel : l’espace, c’est ce qui rend visible. C’est la condition et aussi le résultat toujours en développement (= ressource) des apprentissages les plus épanouissants.

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