Espédaillac, c’est un autre modèle de village de causse que Lunegarde (https://jeanfrancoisthemines788063388.wordpress.com/2021/12/11/lunegarde/)
Si on retrouve la structure du bourg et l’étoile des chemins qui rayonnent sur les espaces alentour, son organisation est un peu plus compliquée.
Le bourg est formé le long d’un axe nord-sud. A l’alignement non continu de maisons guidé par cet axe, s’ajoutent des groupes de bâtiments à quelques dizaines de mètres de part et d’autre. Reliés à l’axe central et à ses coudercs par des chemins assez nombreux, ils donnent au bourg une forme étale et aérée.
Cette forme est complétée par des lacs sur les coudercs et des caselles situées le long de ces chemins ou dans des parcelles d’assez grande taille immédiatement proches. Parmi ces caselles, un bon nombre sont en réalité des puits.



L’étoile des chemins est dissymétrique : plus dense mais composée de chemins à fonction d’accès aux parcelles boisées à l’Ouest, moins dense mais formée de routes qui relient le bourg aux villages proches à l’Est (Durbans, Livernon, Assier, Grèzes). Une seule route relie Espédaillac vers l’Ouest à Quissac.



Cette dissymétrie des chemins correspond à une dissymétrie dans les usages du sol dans un système agro-pastoral.
A l’Ouest, de hautes collines (le Pech des Agards : 404 mètres) où les bancs calcaires affleurent supportent des parcours pour les moutons dans des espaces de plus en plus fermés (broussailles et bois) depuis un siècle.
A l’Est, en contrebas, de vastes parcelles ouvertes et moins pierreuses accueillent plus aisément les cultures.
Le bourg semble installé pour tirer parti des ressources complémentaires de ces deux « régions ». Sa longueur même souligne leur ligne de contact. Les nombreuses caselles-puits sont liées à d’importantes failles proches (de Livernon à Fontanes) commandant des écoulements d’eau souterrains (voir extrait de carte géologique ci-dessous).

Contrairement à Lunegarde, Espédaillac n’est pas sur un point culminant. De son axe central qui perd doucement en altitude du Nord vers le Sud, on ne peut pas avoir de vue sur la zone boisée qui domine le village. Mais vers l’Est, l’horizon est dégagé jusqu’aux bords du causse de Gramat, au Limargue et au Ségala (voir photographies ci-dessous).


Cette orientation est aussi celle des transhumances ovines vers l’Aubrac au XVIIIe et XIXe siècle. On peut essayer de se les imaginer à partir des recherches de Gilbert Foucaud (1986). A Espédaillac, au début du XVIIIe siècle, œuvre un « entrepreneur de transhumance », Charles Lacaze (1683-1713), résidant à Ginouillac. Il rassemble jusqu’à 5153 bêtes venues de terres situées au Sud du bourg d’Espedaillac (dont Ginouillac), au Nord (dont Combe Rouge) et plus à l’Est, sur les pentes Sud du Mont Ligoussou. Gilbert Foucaud a représenté leur provenance sur la carte ci-dessous.

Les bergers viennent pour partie avec le troupeau, d’autres sont Auvergnats et rendus disponibles en même temps que les terres de montagne louées par Lacaze. On peut aujourd’hui essayer d’imaginer ces troupeaux passant par les pentes du Ligoussou pour rejoindre la vallée du Célé, puis Figeac, Bagnac avant de monter vers Arpageon-sur-Cère puis l’Aubrac (voir ci-dessous la carte réalisée par le même auteur).

Les transhumances reprises depuis les années 2010 entre Espédaillac et Le Lioran évoquent cette organisation régionale de la transhumance qui décroit dès la seconde moitié du XVIIIe siècle (1 500 moutons partant d’Espédaillac vers 1780). Mais le parcours est pratiquement le même : la Vallée du Célé, la Châtaigneraie, le Pays Aurillacois, la Vallée de la Jordanne enfin les Monts du Cantal. La transhumance fait connaître l’activité agro-pastorale (avec des rencontres dans les villages-étapes) ; elle permet de reconquérir des espaces embroussaillés, d’entretenir l’espace des pistes de la station de ski du Lioran et développe la solidarité entre des éleveurs lotois et cantaliens.
Pour poursuivre
Sur les transhumances à partir d’Espédaillac au début du XVIIIe siècle :
Gilbert Foucaud, 1986, La transhumance d’Espédaillac en Aubrac au début du XVIIIe siècle, Bulletin de la Société des Etudes du Lot, n°1. Lien : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9773581j
Sur l’évolution de la propriété foncière à Espédaillac du XVIIIe au XXe siècle :
Philippe Calmon, 1985, Essai sur l’évolution de la propriété foncière dans une commune du Causse de 1760 à nos jours, Bulletin de la Société des Etudes du Lot, n°3. Lien : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9770874h
Sur les transhumances contemporaines entre Espédaillac et le volcan cantalien : https://www.transhumance.info/
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