Jean-Louis Murat est mort le 25 mai 2023.
Celles et ceux qui aiment son œuvre en préfèrent en général tel moment, tel album, telle collaboration. Le Murat que je préfère est celui de l’été 1991, celui de Murat en plein air. Un ensemble de cinq morceaux, trois chansons : Le Berger de Chamablanc, Terres de France et Dordogne encadrées de deux instrumentaux.
Enregistrés dans la chapelle de Notre-Dame de Roche-Charles (Puy-de-Dôme), ils paraissent sous la forme d’un CD hors commerce édité par Libération, puis d’une cassette VHS en 1993. On les retrouve en 1998 dans un double CD comprenant également un enregistrement Live in Dolorès.
Le thème le plus évident de Murat en plein air, c’est le monde paysan, ses transformations, sa disparition (la rumeur errante de leur désespérance), en particulier en Auvergne et dans les environs du Sancy.
Il est aussi question de la « géographie » de Murat ou, en tout cas, d’une partie de celle-ci. C’est une géographie intérieure nouée à des lieux singuliers.
J’ai fait un schéma de cette « géographie » ; ce n’est assurément pas le meilleur moyen d’en rendre compte. Mieux vaut en faire des chansons… Un axe vertical, le seul axe à vrai dire, liant le tellurique à l’atmosphère, là où vivent les habitants d’un monde resserré qu’il faut savoir écouter. Précieux enregistrements d’eaux, d’oiseaux, de vaches, de patois auvergnat. Un axe horizontal, en fait un plan, celui de la surface de la terre. Ce n’est pas de la chanson de terroir, mais de plein vent comme a pu le dire d’une certaine pratique de la géographie. A l’entrecroisement de l’axe et du plan, le nœud des secrets qui perlent au creux des mots.

Plutôt qu’un schéma, j’aurais pu essayer de réunir un patchwork d’images de paysages. Encore cela n’aurait-il pas rendu compte du souffle du chant, du léger écho dans la chapelle, des sons captés de la « nature ».
Voici quelques photographies qui pourraient être associées aux repères de la géographie du Murat en plein air. Par ordre :
une photographie de Jee-Too » c’est la roche Sanadoire vue de chez lui. Elle m’a toujours fait penser à son profil. Lui l’appelait ”L’Indien” ;

une photographie d’Eric Mulet, en couverture du disque Face Nord, hors commerce pour les abonnés des Inrockuptibles (1993) [premier morceau : Entre Tuilière et Sanadoire] ;

un extrait d’une photographie non créditée dans le double CD Live in Dolorès, Murat en plein air ;

une vue de la Chapelle de Roche-Charles où a été enregistré Murat en plein air ;

une image du générique du film Murat en plein air, évocation des estives

Et pour le reste, le mieux est de le réécouter et revoir la captation vidéo de ce disque : https://www.dailymotion.com/video/x7j7nvl
On peut aussi trouver des informations factuelles sur l’enregistrement de ce disque et de la vidéo sur le site maintenant clos de Didier Le Bras : http://didierlebras.unblog.fr/82-murat-en-plein-air-la-paroles-a-ceux-qui-lont-vecu/
D’aucuns se sont essayés à répertorier, classer les lieux mentionnés dans les chansons de Murat ; voire les cartographier. Tâche infinie… Voir notamment dans le blog de référence http://www.surjeanlouismurat.com/ la page suivante : Les cartes et le territoire muratien: en AuRa et vers l’infini et au-delà! http://www.surjeanlouismurat.com/2021/01/aura-cartes-territoire-muratien-murat-tribute.html (extraits de chansons, nombreuses photographies et deux cartes)
On l’on retrouve cet extrait d’une interview pour Chronic’art en 2002 :
Quel est ton rapport à la géographie, aux lieux où tu vis, d’où tu viens ?
Les paysages sur lesquels on ouvre les yeux, quels qu’ils soient, laissent une marque indélébile. Quand je vois les paysages d’Auvergne, je retourne en enfance, je retrouve mes racines. Mais les paysages sont aussi importants quand ils te manquent. J’aime bien voyager, bouger, jusqu’à ce que ces paysages me manquent, jusqu’à ce que j’en rêve. Ensuite, lorsque je retourne chez moi, la première heure, je regarde tout, et puis je me réhabitue. Après, je suis à nouveau obligé de me désintoxiquer de ce qui me paraît naturel, et je repars… Mais on n’échappe pas aux paysages de son enfance. J’habite dans la montagne, en Auvergne, et j’ai été élevé dans une ferme au milieu des animaux, des fleurs, etc. Les animaux, les fleurs, les arbres, les nuages, l’eau, la neige, c’est mon quotidien. Et mes voisins sont des paysans, avec qui on ne parle que de ça : si l’orage est passé, s’il a neigé, si les frênes poussent, s’il y a des perces neiges cette année…
Et grand frère d’Auvergne, grand frère parce que.
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