Cet après-midi-là, la lumière est sans mystère.
La machine à souvenir fonctionne avec de la très petite échelle (géographique). Pas avec les paysages ou même des vues resserrées, pas avec des compositions. Mais avec des détails dans des lieux, des petits lieux, des tout petits lieux de bordure.
Cela aurait pu être autrement, mais c’est comme cela cet après-midi (23 septembre 2023).
Quand je suis loin, les souvenirs se condensent autour de quelques photographies en noir et blanc. Des images d’avant moi, mais qui ont fini (vers le début des années 1980) par dire quelque chose de ces lieux longuement habités.

Les arrière-plans de bocage, derrière la silhouette du préau, derrière les murs de la cour de l’école côté Ouest. Des chênes hauts, une colline longue couronnée d’arbres embrumés. Comme dans la partie gauche de la carte postale, une des anciennes cartes postales de La Ferrière-Béchet, représentant la mairie, l’école et le monument aux morts. Le portail de la cour, le préau dans le fond, les chênes, la profondeur esquissée d’un bocage…

Un peu comme dans la partie gauche de cette autre carte postale prise dans l’axe de la route de Carrouges et La Ferté-Macé. A droite, la petite villa qu’habite Mademoiselle Tourment, l’ancienne institutrice et maire du village. Peut-être est-ce elle que l’on voit sur le bord de la route. De l’autre côté, le même grand champ que sur l’autre carte postale.


Quand nous revenons cet après-midi-là, je n’arrive pas à superposer les images d’hier et d’aujourd’hui. On aperçoit pourtant des arbres et le pré derrière le préau au parement dégradé. Mais cela ne marche pas. Peut-être ce lierre, ce gravier rouge, les herbes disgracieuses qui confèrent à l’ensemble un côté négligé ; peut-être la taille moins haute de ces arbres derrière… ?


La relation s’est établie – sentiment de la durée, fidélité du souvenir – à partir du mur de clôture de la cour, sur sa paroi extérieure.
Cinquante ans avant, il y avait là un fossé très humide, et même souvent boueux. L’eau pouvait s’y écouler pour rejoindre le fossé de la grande route et, de là, le « ruisseau de la forêt ». Le mur penchait vers ce fossé appelé le roulard. Il penche toujours. Nous y passions, entre mur et haie, jeux de dimanche après-midi.
Du roulard, il ne reste rien. A la place de la haie, de cette partie de champ et du fossé, un parking. Là où nous nous sommes garés.

C’est l’enduit un peu jaune toujours en place qui s’est rappelé à moi, onctueux à l’œil, granuleux sous les doigts. Et les tuiles posées sur le faîte du mur, un côté « sud » pour une maison d’école et une mairie couvertes en ardoises.
Les mêmes ardoises, les mêmes tuiles, les mêmes moellons de granite autour des portes, des fenêtres et sur les angles.
C’est comme cela que c’est revenu.

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