Toute discipline scolaire ou universitaire a le monde pour terrain. Ce qui change de l’une à l’autre, c’est la dimension du monde qu’elles se sont données pour but principal d’étudier.
Il n’y a cependant pas de division du travail disciplinaire par dimension. Chaque discipline fonctionnant comme un tout, elles développent à propos de et autour de leur centre d’intérêt principal, un discours qui touche à d’autres dimensions du monde.
Il en est ainsi de l’espace qui est l’objet de questionnement central de la géographie, mais qui est aussi représenté, mis en forme dans d’autres disciplines qui ne peuvent penser le monde sans prendre en considération sa dimension spatiale.
C’est le cas par exemple des langues.
En voici l’illustration en cartes affichées dans le local du Centre d’autoformation et de ressources pour l’enseignement des langues (CAREL) de l’Inspé de Rennes (Université de Bretagne occidentale).
En langues, dans les affichages qui ont une fonction de repérage spatial disciplinaire (il en va différemment dans les travaux scientifiques qui modélisent les espaces linguistiques), les cartes découpent le monde en un puzzle dont chaque pièce se voit attribuée une identité.
Trois cartes, trois échelles, trois procédés de mise en ordre du monde de type puzzle
1° le Monde vu depuis … difficile à dire car on n’a pas là tous les membres fondateurs du Commonwealth (il manque l’Afrique du Sud) et qu’on a plus que les Royaumes du Commonwealth (les Etats-Unis sont en plus). Mais le monde se divise en deux. La partie des Royaumes du Commonwealth + les Etats-Unis, identifiée par leurs noms et attributs et le reste du monde fait de contrées sans nom et sans limite politique. L’espace de la civilisation et les étendues sauvages
2° l’Europe en drapeaux et en monuments : jeu amusant avec les clichés nationaux, voire régionaux (le menhir et Obélix). Mais une carte qui ne se préoccupe ni des réseaux/mobilités, ni des imbrications et interpénétrations des langues et cultures européennes et extra-européennes, invisibilisant ainsi des millions de personnes
3° une carte de Bretagne en langue bretonne, carte physique (les altitudes), de localisation des villes et de répertoire des noms de lieux. Même procédé d’attribution d’une identité collective par continuité des formes physiques et des toponymes que pour les cartes de France affichées depuis la Troisième République dans les salles de classe.
Les espaces d’apprentissage universitaires sont aussi disciplinaires. Et depuis ces espaces, on voit le monde différemment, on l’organise spatialement de diverses façons et cela mériterait une enquête prolongée.




A propos de cette carte de la Bretagne, créée par l’Institut Culturel de Bretagne : https://www.ouest-france.fr/bretagne/carhaix-plouguer-29270/une-carte-de-la-bretagne-a-cinq-departements-bientot-reeditee-pour-les-scolaires-05bf1a64-baff-11ec-8d6e-c8becc50df10
et de travaux qui croisent linguistique et espace : la revue Géolinguistique : https://journals.openedition.org/geolinguistique/ dont :
Tanguy Solliec, « De l’espace dans la langue ? Distribution de la distance linguistique en breton et incidence de facteurs géographiques », La Bretagne Linguistique [En ligne], 24 | 2022, mis en ligne le 26 octobre 2022, consulté le 17 mars 2024. URL : http://journals.openedition.org/lbl/4280
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