Le bord de la ville. L’exploration des quartiers Nord-Est de Figeac nous a conduit là.


Là, c’est le bord de la ville aujourd’hui, ce samedi après-midi 28 décembre 2024.
Là où Figeac – son tissu urbain – s’arrête, pour l’instant.
« La forme d’une ville change plus vite, on le sait, que le cœur d’un mortel »… Julien Gracq, incipit de La Forme d’une ville. Evocation d’un vers de Charles Baudelaire dans Le Cygne « Le vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville/Change plus vite, hélas ! que le coeur d’un mortel).
Que perçoit-on de cette forme, la forme de Figeac, précisément là ?
Comme pour la ville de Nantes pour Julien Gracq, « La forme des objets n’en est pas le contour géométrique : elle a un certain rapport avec leur nature propre et parle à tous nos sens en même temps qu’à la vue. La forme d’un pli dans un tissu de lin ou de coton nous fait voir la souplesse ou la sécheresse de la fibre, la froideur ou la tiédeur du tissu » (Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception,1945, p. 265, cité dans le Dictionnaire du CNRTL).
La forme contour est une abstraction visible sur les cartes. Depuis la limite Nord du vieux centre de Figeac (place du Foirail), nous avons exploré les quartiers de la colline de Bataillé, puis des hauts de Panafé. Les zones pavillonnaires ont escaladé ces collines à partir des années 1960. Les derniers développements en cours, à Panafé, repoussent la forme-contour vers le Nord.
Les photographies aériennes et cartes montrent ce déplacement : les champs et les prés (à droite) ont été remplacés par des zones urbanisées (à gauche).




Les globes virtuels montrent les changements de perception depuis la RD19 (voir ci-dessous des captures d’images sur Street View en 2011 et 2023).




Cette avancée vers le Nord continuera à moyen et long terme ainsi que le prévoit le Plan Local d’Urbanisme, accessible à cette adresse : https://ville-figeac.fr/plan-local-urbanisme


Pour l’heure, que perçoit-on là, sur le bord de la ville, de cette forme en mouvement ?
Vers le Nord (en fait Nord-Nord Est) : on est à hauteur du stade municipal de Panafé désormais accessible à pied en étant protégé de la circulation routière (RD19, vers Rouqueyroux). Le chemin continue encore quelques mètres le long de la route (à gauche de la photo), permet de la traverser au moyen d’un « passage protégé » et de revenir vers l’Oratoire de La Capelette. La forme n’est pas une enveloppe, mais un tissu qui lance ses fils vers l’avant. On voit les silhouettes des chênes d’un bocage où se sont insérés quelques pavillons récents. Plus au Nord, les prés, des vaches et leurs veaux. Vue sur le Ségala. La forme c’est donc aussi des côtoiements, des lumières, des perspectives, l’évocation de pays voisins dans lesquels elle s’imbrique ;


Vers l’Est : les bois de Bataillé, un chemin le long du stade conduit vers un site de VTT. Des voix au lointain nous disent qu’il est pratiqué ce bel après-midi. Forme de la ville aussi, ces espaces de récréation qui résonnent dans les bois proches. Au-dessous des bois, il faut imaginer le versant de la vallée du Célé que l’on ne voit plus. Et on n’entend plus non plus le bruit sourd des automobiles qui serpentent de l’autre côté du Célé sur le versant qui conduit à la zone commerciale de Capdenac-le-Haut ;

Vers l’Ouest : les chênes du bord de la RD 19. Derrière ce rideau, les dernières zones pavillonnaires de ce côté-ci de la route. Elles sont encore au soleil. On s’est rappelé tout à l’heure, combien il peut y faire très chaud l’été, loin des ombres du centre-ville ;

Vers le Sud : les derniers petits immeubles en date, desservis par ce chemin que nous venons d’emprunter. En arrière, un ancien hameau ; puis un imposant pavillon des années 1970 face à l’Oratoire situé de l’autre côté de la route. Au fond, on devine justement ce petit « col » qui permet de rejoindre Figeac, ville centre, que l’on ne voit pas. On devine, bleutés, les prolongements orientaux de la colline du Cingle, sur la rive gauche du Célé. Figeac-centre d’où viennent et où vont les automobilistes est déjà à un kilomètre et demi et presque 100 mètres en contrebas.

La forme de la ville sur son bord Nord-Est, cet après-midi, c’est cette lumière qu’on vient chercher, promeneurs avec chien ou pas ; c’est l’air vivifiant des premières pentes sous un soleil d’hiver qui baigne de la même façon pavillons, petits immeubles, ancienne ferme et bocage.
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