Topographie monumentale de Tréguier

C’est une excursion à Tréguier pour un mariage dont la messe est célébrée à Saint-Tugdual.

Avant de venir, les émissions télé de découverte des régions et la promotion touristique locale ont mis à notre répertoire la cathédrale Saint- Tugdual et ses trois clochers dominant un bourg aux belles maisons médiévales au-dessus de l’aber du Jaudy.

A monter et descendre les ruelles de la colline qui forme le site de Tréguier, c’est une topographie monumentale de la ville un peu plus fine qui se met en place.

La Première Guerre mondiale y occupe une place inattendue.

Entre la cathédrale et l’Hôtel de Ville installé dans l’ancien palais épiscopal, le monument aux morts appartient à ce type de monument dit pacifiste parce qu’il ne représente pas un soldat héroïque, un coq triomphant ou une victoire coiffée de lauriers. Le sculpteur, Francis Renaud (1887-1973), a représenté une femme assise sur un banc de pierre et vêtue d’une cape de deuil. Elle porte une toukenn, coiffe paysanne en fil du Trégor. Inclinée vers l’avant, le bas du visage caché par un pan de sa cape, elle pleure. Le monument n’a pas été déplacé depuis son inauguration en 1922. Appelée localement « la Pleureuse », elle est nommée par son auteur la « Trécorroise » et a été exposée sous le titre « la Douleur » au Salon des artistes français.

La Douleur, Tréguier (photographie : Jean-François Thémines)
La Douleur, Tréguier (photographie : Jean-François Thémines)

Dans le cimetière Saint-Fiacre, outre les tombes de dix soldats français morts pendant la Première Guerre mondiale, on peut visiter un carré militaire allemand abritant les corps de 83 soldats répartis en 66 tombes. Blessés dans les combats de la Première guerre mondiale, ces soldats français, alliés et allemands arrivaient par le train pour être soignés à l’hôpital. L’organisation du service d’entretien des sépultures allemandes (Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge) a remplacé en 1977 les croix de bois originelles par des croix de pierre caractéristiques des cimetières militaires allemands.

Vue de l’un des deux éléments du carré militaire allemand (photographie : Jean-François Thémines)
vue de l’autre élément du carré militaire allemand (photographie : Jean-François Thémines)

Dans le cimetière, parmi les dix soldats français, voici la tombe de Ben Ady (Hadj) Noury Boubekeur, originaire d’Algérie, de confession musulmane, qui travaillait au centre d’aviation maritime proche (base d’hydravions chargés de lutter contre la flotte marine et sous-marine allemande).

La tombe de Ben Adi (Hadj) Noury Boubeker (photographie : Jean-François Thémines)

Dans la cathédrale Saint-Tugdual, revisitée le lendemain du mariage, la chapelle Saint-André comporte des vitraux de Henri-Marcel Magne et Charles Champigneulle datés de 1921, formant un triptyque sur le thème de la Grande Guerre. On y reconnaît une scène d’hôpital miliaire – celui installé dans l’ancien séminaire de Tréguier, devenu le lycée Savina, ou bien l’hôpital des Sœurs Augustines, qui accueillirent les blessés (français, alliés ou allemands) arrivés par le petit train des Côtes-du-Nord – ; une scène de soldats mourant dans les tranchées et le naufrage du cuirassé Bouvet pendant la bataille des Dardanelles en 1915 avec son capitaine Rageot de la Touche.

Vitraux de la chapelle Saint-André (photographie : Jean-François Thémines)

Toute une topographie mémorielle de la Première Guerre mondiale, somme toute peu visible parce qu’en retrait des circulations principales dans le bourg.

Plus ostensible est la concurrence des mémoires, celle d’Ernest Renan, dont une statue avec la représentation de la déesse Pallas-Athéna a été inaugurée en 1903 sur la place du Matray et celle de Catholiques de Bretagne qui font ériger l’année suivante, en protestation contre cette initiative des Bleus de Bretagne (Bretons de Paris) un calvaire monumental de réparation, situé dans le bas du bourg près du port.

Statue de Renan et Pallas-Athéna, Tréguier (photographie : Jean-François Thémines)
Le calvaire de réparation, Tréguier (photographie : Jean-François Thémines)

Plus visible, bien sûr, le premier monument : la cathédrale aux trois clochers, dont on peut admirer le reflet flatteur dans cette sculpture (Agno Anulo) de Jean Divry plus séduisante que la Douleur, en face de laquelle elle a été placée devant la mairie.

Les clochers de la cathédrale, Tréguier (photographie : Jean-François Thémines)
Le reflet des clochers dans la « bague » de Jean Divry (photographie : Jean-François Thémines)

Pour en savoir plus 

Sur le monument aux morts de Tréguier : http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/monument-aux-morts-de-la-guerre-1914-1918-dit-la-trecorroise-place-du-general-leclerc-treguier/4018e89e-4293-42e0-b60e-0170acc445ad

Sur les carrés militaires français et allemand du cimetière de Tréguier : http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/carres-militaires-francais-et-allemands-du-cimetiere-saint-fiacre-treguier/00b0c060-8dec-42b7-b78f-98b40d2e7a30

Sur la statue d’Ernest Renan à Tréguier : http://patrimoine.bzh/gertrude-diffusion/dossier/statue-d-ernest-renan-et-de-la-deesse-pallas-athena-place-du-martray-treguier/123d3700-49c2-4bf4-83f8-bb270683dd7c

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