Promenade sur le Causse (Assier, Livernon, Viazac) ce 31 juillet 2021 avec pour guide les murets de pierre sèche et les barrières.

Les murets de pierre sont les formes vernaculaires de clôture de ce morceau du causse de Gramat. Les barrières permettent de contrôler ce système de clôture en régulant la circulation des humains, de leurs machines et des animaux domestiqués. Des abris – caselles et gariottes (voir ailleurs sur ce blog) – complètent le dispositif, permettant autrefois aux paysans et à ces animaux de se protéger des intempéries, aux uns de surveiller les autres, de stocker des provisions, quelquefois d’y vivre.
La promenade permet de passer en revue les variations locales de ces formes.
Les murets
Il y a les murets tels qu’ils bordent ordinairement les chemins du causse, montés en pierres patiemment retirées du sol ou ramassées à la faveur des labours (apogée de la construction vers 1880 – source : PNR des Causses du Quercy)

Les murets avec les pierres de couronnement disposées en rastel (râteau) : la version populaire (chemin des Garivals) et la version bourgeoise (château de Viazac) ; la différence entre la pierre cassée et la pierre maçonnée


Les murets effondrés : quelques dizaines d’hiver et de séquences gel-dégel suffisent à briser les pierres de calcaire les moins bien protégées, dans des zones du causse particulièrement exposées aux grands froids et aux grandes chaleurs (entre les Garivals et Viazac)

Leurs cousins, les petits murs « urbains » qui enclosent les maisons de bourg : ciment entre les pierres, couronnement de ciment également, quelques iris en pied de mur (Livernon)

Les murets en reconstruction : un petit chantier en bordure de Viazac. Un bloc dressé impressionnant pour faire l’angle, un pan de mur qui attend d’être terminé

Les murets-images pour vendre, ici un terrain dans une zone d’activités. Voici le muret, construit dans les années 2000, à la manière de tous ceux du causse en bordure d’un rond-point, sur la route de liaison Figeac-A20. Son image, à quelques mètres, sur un panneau publicitaire. La zone est une « clairière » d’activités. Le « cadre environnemental préservé » inclut les aller-retours de fourgons et camions de la logistique nécessaire à l’approvisionnement des entreprises de la clairière.


Les barrières
Quelquefois il n’y en a plus et on ne voit que « lo pas » – le passage, comme on dit un pas de porte, c’est-à-dire le seuil par lequel on entre dans un autre espace – le terrain est ouvert (Assier).

D’autres fois, on ne se voit plus guère même « lo pas » tant l’environnement routier et sa signalétique contemporaine accaparent le regard (zone d’activités de la Coupille). Pourtant l’entrée du champ (dans l’ovale rouge) est exemplaire : la cantonada (à gauche de l’entrée) et la gossa à droite, en surplomb et qui appuie sur la clède.

Encore souvent, il reste des fragments de la clède entre les montants de pierre qui penchent.

Il arrive cependant que les montants demeurent bien dressés, mais que la fermeture soit assurée par un simple grillage à moutons

Il y a les portails métalliques (tubes et grillage) des années 1970. Admirer la position du chat de la maison

Il y a aussi les barrières à croisillons des années 2010

les barrières métalliques à tubes (actuelles) comblant les entrées de champ d’autrefois

les entrées de jardin condamnées : ici, un muret barre l’ancien passage tandis qu’une palette complète la fermeture sous le linteau de pierre originel (Livernon)

les entrées sans portail de récents pavillons : la contonada a été déplacée, une boîte aux lettres est enchâssée dans un mur qui s’incurve

les entrées bricolées : à gauche, la fonction de la cantonada est assurée par un morceau de poteau électrique en ciment armé (technique datée des années 1970) ; à droite, au montant du portail de tube métallique, est lié un long piquet rouillé (beaucoup) plus ancien qui soutient le grillage à moutons non découpé.

Les fontaines et les lacs
Le système de clôture du causse permet aussi le parcours des troupeaux. Celui-ci s’organisait en fonction de « lacs » creusés pour recueillir les eaux pluviales ou retenir l’eau de quelque source. Deux lacs rencontrés dans notre promenade.
L’un (entre le bourg de Livernon et le causse du Lac Lacan) à proximité d’une fontaine couverte où quelqu’un pompe de l’eau pour ses animaux


L’autre, le Lac Lacan, près de la caselle du même nom

Les abris
Les caselles. La caselle du lac Lacan : photographie de carte postale, le reflet de la caselle à la surface du lac. L’intérieur : voûte en encorbellement, fenestrou et ancienne cheminée (traces de fumée).


Cette caselle est devenue un emblème du « petit patrimoine » des Causses du Quercy. Motif ornant des souvenirs pour touristes dans les années 1960 (ce cendrier décoratif – décor main – en forme de coquille Saint-Jacques, souvenir acheté à l’expo vente de la Corbeille d’Or – club du troisième âge d’Assier) ; sujet principal de cette affiche réalisée pour une campagne du Département du Lot dans les années 2000 (photographie de Jean-Didier Sudres).


Une caselle de « plein champ » du fait de la réunion de parcelles

Les caselles du village de Viazac : deux sont grandes et hautes, couronnées d’un épi de faîtage. Une a été restaurée.


Deux autres : l’une voisine de sa maison et dotée d’une porte a sans doute eu une fonction de grangette. L’autre encore est une combinaison originale de caselle et grangette, avec sa toiture composée de pierres et de tuiles.


A proximité de cette dernière, une auge de pierre et… une calandre de 4L encastrée dans un payrou (pierrier).

Et une forme d’abri plus rare constitué sous une table de dolmen. Un mur de clôture de parcelle ferme un des deux côtés de sa chambre. L’autre entrée, vers l’Ouest, est protégée par un petit muret disposé en oblique. Sur la table du dolmen, à la surface du tumulus, une pierre creusée qui a pu retenir de l’eau pour les moutons (Dolmen des Garivals, Assier).


Inventaire à poursuivre
Et pour poursuivre, justement :
les publications du Parc Naturel Régional des Causses du Quercy : https://www.parc-causses-du-quercy.fr/files/pnr-quercy/files/brochures/pdf/livret_pierre_seche.pdf
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