
Brokenflowers commence comme tous les films de Jim Jarmusch par un déplacement que suit la caméra. Cette fois-ci, c’est une lettre.
Postée, collectée, amenée en fourgon, déversée et classée automatiquement dans un centre de tri puis redirigée via un fourgon, puis un avion… jusqu’à l’arrivée dans la boite aux lettres de Don.


Cette lettre lui annonce qu’il a un fils de dix-neuf ans. Sur ces entrefaites, Sherry, sa compagne du moment, le quitte. Comme souvent, semble-t-il, Don se rend chez son voisin Winston qui vit avec femme et enfants (cinq) dans une joyeuse pagaille. En Sherlock Holmes, celui-ci organise un début d’enquête (qui peuvent être les mères de ce fils ?) et planifie une suite.
La suite, c’est ce parcours que Don accomplit, guidé par Winston qui en a préparé les étapes (vols, séjours à l’hôtel, locations de voiture). Don suit les instructions ; il applique les recommandations : repérer tout élément susceptible d’identifier l’auteure de la lettre ; arriver chez chacune des femmes avec un bouquet de roses.
Une géographie de déplacements
Des lieux : intérieurs, allées, parkings et cimetière. En cinq étapes pour les cinq femmes qu’il doit rencontrer.
Laura est veuve d’un pilote de voitures et mère d’une adolescente impudique.
Dora a épousé un vendeur de pavillons (ils habitent l’un de ces pavillons)
Carmen est communicatrice animalière et a pour compagne une jeune secrétaire suspicieuse. Mention spéciale à Ramon, le chat qui parle (à Carmen) : Don a un plan secret…
Penny vit dans une communauté de bikers au milieu des bois et des champs de maïs
Michelle repose au cimetière.




Des espaces du déplacement relient ces lieux : aéroports, réseau routier (de l’autoroute au chemin de terre), habitacles d’avions et de voitures. Ce qui est autour, les espaces traversés n’ont pas d’intérêt pour lui. Ni pittoresques, ni emblématiques, ils sont là et ils sont traversés par nécessité, parce que c’est le plan.


L’ensemble est unifié par trois éléments :
- la musique écoutée en voiture (la compilation de ska et de reggae confectionnée par Winston) ;
- le visage à l’expression souvent étonnée, embarrassée ou crispée de Don ;
- l’ami Winston présent au départ (il a programmé le voyage), à l’arrivée (il attend les conclusions de Don), entendu entretemps au téléphone.
- On peut y ajouter la musique des génériques de début et de fin : There is an end par Holly Golightly and the Greenhornes.


Voyageur immobile
Don n’est pas plus avancé à la fin qu’au début. Il n’a pas de réponse à la question de savoir qui a posté cette lettre. Toutes ces femmes sauf une parce qu’elle est morte, peuvent l’avoir écrite ; mais aussi bien aucune. Peut-être est-ce Sherry qui vient de le quitter et prend ce prétexte qu’elle aurait pu fabriquer pour partir ? Il n’a rien appris qu’il ne sache déjà. Il aimerait être père tout en craignant ce que ce fils pourrait être : un adolescent bizarre, un petit capitaliste, un bobo ou un redneck, ou encore cet étudiant en philosophie qui fait la route ou ce gars du coin (le fils de Bill Murray) qui passe à l’avant d’une Coccinelle et l’interroge du regard.
Pour prolonger :
la bande son : The Greenhornes and Holly Golightly : there is an end : https://www.youtube.com/watch?v=4b3GdDnWibU
Words disappear/ Words weren’t so clear/ Only echos passing through the night/ The lines on my face/ Your fingers once traced/ Fading reflection of what was/ Thoughts rearrange/ Familiar now strange/ All my schemes drifting on the wind/ Spring brings the rain/ With winter comes pain/ Every season has an end/ etc.
The Skatalites : El bang bang : https://www.youtube.com/watch?v=hoMlH41jTnw
Et le trailer du film : https://www.cineserie.com/movies/187068/video/187081/
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