Promenade à Vic, commune de Capdenac-le-Haut (département du Lot), pour l’après-midi du 31 décembre. Beau soleil comme tous ces derniers jours, 10° degrés. Lumière idéale pour circuler dans le méandre que forme la rivière Lot entre Capdenac-Gare et Livinhac-le-Bas : le méandre de Vic.
Vic est sur la rive convexe, le noyau du village sur le promontoire calcaire qui domine la boucle de la rivière. La barre calcaire s’élève progressivement vers le Nord. Une petite ligne de pavillons y a été construite dans la première moitié du XXe siècle. L’ensemble est dominé par le plateau de Capdenac-le-Haut. Face à Vic, dans l’axe de la route qui descend le long de la petite barre rocheuse, au loin, la rive concave, abrupte que forme la retombée du Causse de Diège. Le méandre est très prononcé : son lobe est ouvert et le « pédoncule » étroit de celui-ci est précisément occupé par le village de Vic.
De l’autre côté du Lot, avant le méandre de Vic, Capdenac-Gare est installée dans le méandre précédent, beaucoup moins marqué.
C’est dans ces formes qu’on pourrait trouver dessinées dans un manuel de géographie physique que nous nous promenons. Mais un manuel de géographie physique ne montrera pas que cette barre rocheuse, ce « pédoncule » de méandre remontant jusqu’à l’épais plateau qui sépare deux vallées (celles du Lot et du Célé) ont été perçus comme des obstacles et qu’ils ont donc été coupés pour mieux circuler.
D’où ces trois tunnels que la promenade a permis de voir ou dont elle a permis de se rappeler l’existence.
Nous sommes partis de Capdenac-Gare, près de la rivière. De l’autre côté, déjà la ligne descendante du « pédoncule » de Vic. En contrebas l’usine hydroélectrique de la SHEM, construite en 1902.

Nous avons franchi le pont sur le Lot. Changement de département. En face, la falaise, Capdenac-le-Haut la couronnant.

Vers l’aval, toujours Vic en rive droite, ces rochers qui s’abaissent jusqu’aux peupliers. En face, bleutées, les hauteurs du causse de Diège.

Rive droite désormais. On monte doucement le long de la RD 840 (ex RN 140). En se retournant, on voit les deux Capdenac se faire face. De l’autre côté l’église Notre-Dame des voyageurs.

Avant de prendre la direction du village de Vic, notre premier tunnel, en fait le troisième par ordre chronologique de percement du « pédoncule ». Le tunnel routier. En courbe.

Mais bien qu’appuyée, cette courbe est moins forte et moins accidentogène que le « virage de Vic » qu’elle a remplacé dans les années 1960 (voir carte postale ci-dessous). Indice d’une circulation routière qui commence alors à triompher. Personne ne respecte aujourd’hui la limitation à 30 km/heure…

Ballade dans les rues tranquilles de Vic. Pavillons. Point de vue avec croix sur le méandre (en direction de Causse-et-Diège). Un petit coup d’œil vers l’aval du méandre. Le bourg de Livinhac-le-Bas, perché lui aussi sur son petit promontoire.




L’église Saint-Etienne de Vic, romane, remaniée après la Guerre de Cent Ans. Depuis son chevet, voir Capdenac-Gare de l’autre côté et au loin, l’échancrure que marque la vallée du ruisseau de Donazac (qui descend de Saint-Félix et Felzins) à son débouché dans celle du Lot. Le « pédoncule » sous un autre angle, Vic à gauche, Capdenac-le-Haut à droite, derrière les peupliers du stade dans le lobe du méandre.



Le retour est déjà entamé quand nous remontons en-dessous des pavillons de Vic, aux « maisons éclusières ». Et là, deuxième tunnel, le premier par ordre chronologique de percement : 1852.
La rivière Lot est un axe d’échanges. Vers l’Aquitaine, circule le bois abattu dans la montagne et acheminé jusqu’à Entraygues par flottaison, puis débité en planches servant à la tonnellerie, le charbon des mines de Bouquiès, la seule mine du bassin de Decazeville à se trouver au bord de la rivière (fermée en 1915), plus tard les bouteilles et bonbonnes des verreries de Penchot. Ces verreries créées en 1841 cessent de produire des bouteilles en 1867 pour se reconvertir dans le verre à vitre. Les gabarres remontent du vin, de la morue séchée, du sel et des épices en provenance des comptoirs des Antilles. Ce canal-tunnel est un des éléments de modernisation de la navigation sur le Lot à partir de la Restauration : il s’agit d’intensifier les échanges en les rendant plus rapides, à double sens et plus sûrs.


Le canal aujourd’hui. L’eau tourbillonne : il n’y a plus d’écluse. On voit bien les chemins de halage. Le haut des deux maisons éclusières jumelles, aujourd’hui gîte.


Ces maisons éclusières au temps où l’écluse était encore là, mais déjà plus le trafic, effacé dès les années 1870 par la concurrence du chemin de fer : seulement de tranquilles pêcheurs. Aujourd’hui, la pêche de nuit à la carpe est autorisée dans une partie de la boucle de Vic.

Un monsieur accompagné d’un chien nous conduit jusqu’au pied de ces maisons. Son bisaïeul (un de ces bisaïeux) y a été éclusier. Il nous montre les marques des grandes crues. On comprend bien pourquoi Vic comme Livinhac-le-Bas sont sur des promontoires et pourquoi les maisons de Capdenac-le-Bas ne sont habitées qu’à partir de leur premier étage.


On se rapproche à nouveau de Capdenac. Les restes d’une autre écluse près de la centrale électrique. Vue vers l’amont. Vue vers l’aval.


Traversée retour sur le pont routier.

A gauche, le pont Eiffel qui relie la gare de Capdenac à la rive droite du Lot et au troisième tunnel, le deuxième par ordre chronologique de percement (1862), qui commence dans cette falaise. Ce tunnel d’un demi-kilomètre de long est nécessité pour la construction par la Compagnie du Grand Central de la ligne de chemin de fer de Brive à Capdenac (1862). Elle est un élément de la ligne Paris Toulouse par Brive et Capdenac ouverte en 1866.

Et retour à Capdenac-Gare, petit inventaire ferroviaire dans cette ville née du rail en 1891 (séparée de Saint-Julien d’Empare dont le hameau du Tinsou avait été choisi pour l’achat des premiers terrains d’emprise ferroviaire) : un des hôtels du temps de la croissance par le rail ; une réplique de Tour Eiffel pour rappeler la construction du pont de chemin de fer et une devanture de pâtisserie pour célébrer la nostalgie des locomotives.



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