Carrefour

CARREFOUR, subst. masc.

 » A.− [Le carrefour est un nœud de communication dans l’espace habité]

1.− a) Lieu relativement large (par opposition au simple croisement) où se rencontrent plusieurs routes, chemins ou rues venant de directions contraires. Arriver à un carrefour; poteau indicateur de carrefour; planter des croix dans les carrefours (Ac.) :

1. Il y a, au sommet le plus élevé et le plus habituellement solitaire du parc de Saint-Cloud, (…), un carrefour composé du croisement de trois longues allées. Là, ces allées se rencontrent et forment en se rencontrant une large pelouse vide. Lamartine, Raphaël,1849, p. 291″.

Une définition très géographique du carrefour dans le Dictionnaire du CNRTL (espace/habité/nœud) et la demi-surprise de voir associée au carrefour la caractéristique de taille (largeur) pour le différencier du simple croisement.

Il est vrai que carrefour induit non seulement l’intersection de lignes, mais aussi l’emprunt de ces lignes par des personnes, peut-être des marchandises. Et l’échange, la circulation, une disposition à organiser les trafics en les réorientant, en permettant leur accès à différents réseaux.

Matériellement, le carrefour porte trace de cette fonction par une adaptation de ses voies aux trafics qu’il supporte et par des panneaux directionnels qui informent ses usagers.

Le carrefour des Hauts de Planioles

Prenons le cas du carrefour que nous avons emprunté (traversé ?) en haut de la côte de Planioles, lors d’une promenade circulaire débutant par la route des Crêtes (160 mètres de dénivelé) et se terminant par le chemin du ruisseau de Planioles (autant de dénivelé, descendant cette fois-ci).

On y passe quelquefois en voiture. C’est la D 840, ex RN 140. Elle mène de Gramat à Figeac (photographie ci-dessous), au-delà de Brive à Rodez et pourquoi pas de Paris à la Méditerranée languedocienne…

la D840 : Gramat-Figeac (photographies : Jean-François Thémines, 11 août 2023)

Fragment de l’axe Brive-Méditerranée inventé dans les années 1960 pour délester le trafic estival de la nationale 20 (voir ci-dessous la couverture d’un ouvrage qui lui donne une existence géographique et la photographie illustrant sa traversée des causses du Quercy (par Cressensac, Martel, Montvalent, Gramat, Thémines, Figeac).

Aujourd’hui le plus gros du trafic depuis la Région parisienne vers Figeac, Rodez et l’Aveyron emprunte la route de liaison avec l’A20 par Labastide-Murat.

Le long de la RD 840 : le panneau « route de Paris » confirme que le lien de Figeac (on est à cet endroit en limite Nord du territoire communal de la sous-préfecture) à la capitale passe « historiquement » par cette voie.

Panneau indicateur : Route de Paris (Streetview, juin 2023)

Voir le carrefour autrement

Quand on passe ce carrefour par la D840 (elle est prioritaire), on perçoit très rapidement un écheveau de voies de différents calibres. C’est cette vision répétée qui m’a donné envie qu’un jour une de nos promenades coupe le carrefour perpendiculairement au trajet habituel. Comment le carrefour se présente-t-il quand on arrive des Crêtes, situées à l’extrémité Nord de la commune de Figeac ? Et une fois qu’on l’a franchi en remontant de l’autre côté, vers Malmont ?

Depuis la route des Crêtes, le carrefour apparaît en léger contrebas.

La D840 passe en effet une sorte de col entre deux collines, celle de Malmont en face et celle d’où nous arrivons. Ce col permet de sortir de la vallée du Drauzou via le bourg de Camburat pour rejoindre les pentes du bassin de Planioles et rallier ainsi Figeac.

En face on a l’éventail des trois routes conduisant, de gauche à droite sur la photo à Cardaillac (route plane), à Malmont (en montant), à Murat (en descendant).

Le carrefour depuis les Crêtes. La D840 vers Camburat à gauche, la route de Cardaillac, puis celle de Malmont qui monte toujours vers la gauche. Le débouché de la route de Murat n’est pas visible.

Et on a cette œuvre de bord de route qui marque le passage du col : un transformateur idéalement placé pour adresser des messages au passant. Longtemps cet œil dans un triangle ailé – annonçant les retables baroques des deux églises de Figeac – a occupé seul la surface de l’armoire électrique. Il est complété de nouvelles figures et signatures.

Baroque figeacois

Un coup d’œil sur Street View montre que l’agencement matériel du carrefour a changé de ce côté-ci. 2009 : une haie sans doute insuffisamment protectrice ; 2010 : elle est arasée ; 2011 : un muret ; 2012 : il est recouvert d’enduis ; puis ce transformateur… Voir ci-dessous.

Un carrefour redessiné

Depuis Malmont, on ne voit qu’à peine la route qui conduit à Figeac et constitue le ressort premier d’une périurbanisation diffuse sur ces hauts (photographie ci-dessous).

Le carrefour depuis Malmont

Sur les photographies aériennes (voir ci-dessous), il est aisé de voir que le carrefour a été redessiné et s’est densifié en desservant les nouveaux hameaux des hauteurs de Murat et Malmont.

La cartographie de l’occupation agraire du sol promet d’autres constructions : voir comment les parcelles à usage agricole déclaré disparaissent autour des lotissements des hauts de Planioles entre 2010 et 2021.

Du carrefour croisement au carrefour métaphorique

Des Crêtes à Malmont, en changeant d’échelle (quelques centaines de mètres), on passe de vues sur les Causses (ci-dessous depuis Combecave) à des vues sur le Ségala (ici en arrière-plan des pavillons périurbains de Malmont et Murat). Franchir le carrefour dans cette direction inhabituelle nous le fait percevoir « au carrefour » des principales unités paysagères du Haut-Quercy. Situé dans l’étroite bande du Limargue, il fait se répondre dans l’œil du promeneur, depuis la crête Nord-Sud sur laquelle il est posé, plateaux calcaires à l’Ouest et contreforts du Massif Central à l’Est. 

Vers les Causses, depuis la route des Crêtes
Vers le Ségala

Mais des Crêtes à Malmont, une continuité nous avait échappé : celle de l’activité minière qui a marqué les hauts des communes de Planioles et Camburat.

Un carrefour minier

Le carrefour est en effet au coeur d’une ancienne zone d’activité minière d’extraction de plomb-zinc. Celle-ci a fourni, de 1903 à 1967, environ 70 000 t de métal pour 1 270 000 t de tout-venant), la classant à ce moment-là dans les dix premières exploitations françaises de plomb-zinc (voir cartographie des principaux amas minéralisés qui ont fait l’objet de cette exploitation). L’activité comprenait le travail en galeries à partir de puits (profondeur minimum de 80 m dans la mine de Fèges) le traitement du tout-venant pour en extraire le minerai, l’acheminement du minerai et le stockage des résidus d’extraction.

Le carrefour entre les zones d’extraction minière (Source : DEODERIS)

Le carrefour est alors un lieu de transbordement de matériau extrait de la mine de Fèges. Un monocâble de 650 m actionné par une machine à vapeur est installé entre le carreau de la mine et la RN140. De là, le transport se fait par charrette à bœufs jusqu’à la laverie de la Curie, près du ruisseau de Planioles dans les faubourgs de Figeac Courant 1906, un chemin de fer « Decauville » remplace le transport par charrettes. Une locomotive à vapeur remorque des trains de wagonnets chargés de 1 800 à 2 000 kg de minerai chacun (voir le tracé présumé ci-dessous et une vieille carte postale).

Un carrefour périurbain

Terminons avec la direction Cardaillac.

La route de Cardaillac (en face)

D’ici, on a l’impression d’une patte d’oie. A gauche, la D840 descend vers Camburat et le Drauzou. A droite, la route de Malmont gravit la colline.

En face, la route de Cardaillac ; les échelles d’une petite route départementale : le panneau de la fête votive, un arrêt de bus du département, desservi par le réseau régional de mobilités : Lio. Les traces de pneu sur la chaussée montrent la direction principale des automobilistes arrivant de Cardaillac. Filer tout droit en ne respectant pas la délimitation des voies pour descendre à Figeac.

Ce carrefour est aujourd’hui principalement périurbain.

Pour aller plus loin :

Christiane Burucoa (1969). Axe Brive-Méditerranée [texte de Christiane Burucoa, photographies André Brengues]. Editeur : Subervie (Rodez). Disponible partiellement à : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3340202x

GEODERIS, 2020, Etude sanitaire et environnementale du secteur des anciennes exploitations minières des concessions de Planioles (ancienne), Figeac et Planioles (moderne) (46). URL : https://www.systext.org/sites/all/documents/bibliographie_APM/Planioles/2021_RP_GEODERIS_ESE-Planioles.pdf