Nous sommes passés à Solesmes, un jour de canicule, la deuxième de l’été 2026 ; par curiosité. Finalement, ce sont les vitraux, inattendus, de l’église Notre Dame de l’Assomption de Solesmes (l’église paroissiale) qui nous ont arrêtés.

Sans doute est-ce le contraste avec l’assommoir bleu et blanc paille qui écrase les campagnes du Sud Sarthe, mais cet ensemble de vitraux évoque les saisons, leurs lumières changeantes sur des horizons d’herbes hautes et de blés. Les motifs sont abstraits : lignes souples, courbes sur fonds aériens ou végétaux ; selon le vitrail, dominent des bleus-verts, des bruns-violets, des jaunes-verts, des combinaisons d’orange, bleu, brun et vert. Seule et remarquable exception, le bleu profond, aquatique du vitrail du chœur, qui éclaire toute la nef.

Vitrail du choeur (photographies : J.-F. Thémines)

Ces vitraux ont été réalisés et posés en 1972-1976 par Victor Cot-Dezande, maître verrier à Maintenon, d’après des cartons dessinés par Maria del Carmen du Pontavice (1904-1992), dont le nom – et le prénom francisé en Marie-Carmen – est gravé sur une plaque et inscrit également sur un des vitraux Nord de la nef.

Je ne trouve sur Internet qu’une seule autre trace de cette artiste, dans le catalogue de la Fundacion Juan March, à Madrid : https://archivo.march.es/agents/people/2825

Née à Barcelone en 1904, arrivée à Paris en 1927… Une monographie publiée aux Carnets d’Art (Espagne) à l’occasion de l’exposition qui lui est consacrée à l’Ateneo de Madrid, en novembre 1968. La monographie comprend des textes de Suzanne de Coninck et de Julien Alvard.

Après des études d’art à Bruxelles, Suzanne de Coninck arrive à Paris en 1949 où elle expose dans sa galerie de la rue de Beaune : Marie Raymond, Aurélie Nemours, Jacques Villon, Serge Poliakoff, Hans Hartung, Nicolas de Staël, etc. Elle fait partie de ces femmes galeristes du Paris de l’après-Guerre, surnommées « Papesses de l’art abstrait ». On peut découvrir à ce lien : http://www.haninafinearts.com/exhibitions/women-gallerists-of-post-war-paris, quelques-unes de ces figures : Denis René, Colette Allendy, Jeanne Bucher, Nina Dausset, Iris Clert.

Julien Alvard (1916 – 1977) est quant à lui critique d’art, collaborateur de revues influentes de l’après-Guerre : Art vivant, Cimaise, Quadrum, Prisme des arts, Artnews. Il défend une peinture abstraite qui prenant ses distances avec l’expressionnisme comme avec le géométrisme, a pu être ironiquement qualifiée de « nuagiste » : https://www.mchampetier.com/art-mouvement-NUAGISME.html

Maria del Carmen (ou Marie-Carmen) du Pontavice a certainement exposé ailleurs, à Paris très certainement…

En attendant d’en savoir plus sur ses œuvres, sur sa vie… et aussi sa disparition de l’histoire des arts dans le Paris des années 1950-1970, il reste d’elle à Solesmes, ces paysages de lumière.

Et pour retrouver son travail 

Une fiche d’inventaire régional de l’église paroissiale de Solesmes : https://photos-eglises.fr/PaysLoire/72/Solesmes/solesmes.htm

Victor Cot-Dezande a travaillé avec de nombreux artistes dont Denise Lioté (1925-2018) peintre initiée à l’art du vitrail dans les ateliers de Max Ingrand. Un entretien à écouter avec Sylvain Lioté-Stasse, Véronique Harel et Martine Sautory, historienne de l’art, à propos de l’exposition Denise Lioté à La Galerie – Bazouges-la-Pérouse (2025) : https://www.radio-univers.com/autour-des-oeuvres-de-denise-liote-artiste-peintre

Vitrail de Denise Lioté
Paysage entre Mayenne et Sarthe, 6 juillet 2026

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